«Ça y est!» se dit-elle...

Elle pleura doucement, elle sentit venir une grosse migraine; et, tout à coup, elle se mit à pousser des cris effroyables...

LA BATAILLE


A Frédéric de Neufville.

L’Autriche-Hongrie traversait la plus formidable crise qu’elle eût encore traversée durant les temps modernes. A la vérité, l’Allemagne, surprise elle-même par ses luttes politiques, avait laissé sans encombre le jeune empereur monter sur le trône antique des Habsbourg.

Mais à présent, l’opposition dissoute et les crédits de guerre votés, Wilhelm III surveillait les événements.

Ils apparaissaient redoutables. Les Slaves étaient en révolte ouverte, et si résolus, que les ministres hésitaient à donner les ordres qui devaient déchaîner la guerre civile. La Hongrie, prête à s’unir étroitement à l’Autriche pour la répression, montrait des exigences qui devaient, si elles étaient admises, lui assurer la prépondérance dans l’empire. L’armée, fatalement, n’était pas sûre: on pouvait craindre des défections non seulement parmi les soldats de race slave, mais encore parmi les officiers. Par surcroît, la malheureuse affaire des Conventions syriennes prenait une allure menaçante.

Sourdement encouragée par l’Allemagne, la Turquie se montrait intransigeante, presque discourtoise. Elle refusait une indemnité convenable, ne mettait aucun empressement à sévir contre les meneurs. Secrètement, le sultan Mourad-Khan VI donnait des ordres de mobilisation, plein de confiance dans son état-major, dans le nouvel armement de ses troupes et dans la faiblesse de l’Autriche-Hongrie. Quant à la Russie, elle s’apprêtait à lier, en ce moment même, une partie terrible en Extrême-Orient contre le Japon allié à la Chine.

Enfin, on était, selon un cliché de la fin du dix-neuvième siècle, à un tournant de l’histoire. La France faisait des efforts désespérés pour amener la Turquie à composition. L’Italie demeurait hésitante. L’Angleterre et les États-Unis surveillaient les événements, persuadés qu’une grande conflagration du continent européen les rendrait arbitres (et combien intéressés!) du sort de la planète.