—Dois-je comprendre, messieurs, que vous avez inventé des engins ou des substances utilisables sur le champ de bataille?

—C’est plutôt une méthode que nous avons perfectionnée, répondit M. Muriel, et pour laquelle il nous a fallu, naturellement, créer des appareils nouveaux... Nos expériences, dans les limites où nous avons pu les entreprendre, sont décisives. Tous nos calculs font prévoir qu’elles le seraient aussi dans une aire plus considérable. Aussi vous serions-nous reconnaissants de bien vouloir nous dire si vous voyez quelque inconvénient à ce que M. Delestang, avec une équipe de nos collaborateurs, et une troupe d’artisans choisis, aille offrir ses services au gouvernement autrichien.

M. Villard sentit que les savants désiraient ne pas faire connaître, même indirectement, la nature de leur «méthode». Malgré sa vive curiosité, il n’insista point. Il se borna à répondre, avec une diplomatique réserve:

—Individuellement, et en même temps que les membres de l’Institut Becquerel-Curie, vous êtes, messieurs, libres de faire ce que vous voudrez...

—Sans doute, intervint M. Delestang avec quelque impatience. Aussi ne venons-nous pas vous demander une autorisation que vous ne pouvez pas nous accorder. C’est un conseil, le plus officieux des conseils, que nous sollicitons du ministre des Affaires étrangères... et vous entendez bien qu’un secret absolu sera gardé sur notre démarche.

M. Villard hésita un moment, puis ses sentiments d’homme d’État patriote l’emportant sur toute considération diplomatique, il répondit:

—La France a un intérêt majeur à ce que l’Autriche triomphe dans cette guerre.

—C’est tout ce que nous voulions savoir, fit M. Muriel, qui se leva pour prendre congé.

—Comptez-vous sérieusement réussir? s’écria le ministre.

—Le calcul des probabilités nous donne une quasi-certitude! répliqua le savant.