«C’est bien la bataille!» pensa le généralissime.
Toutefois, de part et d’autre, on était encore hors de portée. Laufs, au reste, tenait à ne rien brusquer. Il fit envoyer, de son observatoire mobile, plusieurs télégrammes hertziens, ordonnant que l’artillerie ne tirât pas un seul coup de canon avant qu’il n’eût donné le signal de la bataille; il prit des mesures analogues pour les tirailleurs d’avant-garde.
Dans l’heure qui suivit, les armées se trouvèrent presque à portée de canon. Les Turcs auraient pu avancer quelques grosses pièces, et commencer l’action: il valait mieux attendre.
«Si cet homme s’obstine dans sa folie, se dit Laufs-Pacha, il faudrait un miracle pour le sauver...»
Une chose continuait à l’étonner: c’est que, au fond de l’horizon, les corps détachés par l’ennemi poursuivaient leur incompréhensible manœuvre.
—Ceux-là vont se faire prendre comme des rats! dit-il à l’aide de camp qui l’accompagnait...
Comme il parlait ainsi, un immense drapeau blanc se déploya sur une éminence, au front de l’armée austro-hongroise.
—Un parlementaire! fit le maréchal. Que diable peuvent-ils nous vouloir?
Il regardait l’aide de camp avec un mince sourire.
—Ma foi! Excellence, répondit celui-ci, je n’en ai pas la moindre idée... à moins qu’ils ne veuillent traiter d’une capitulation!