Alors, quelque chose bruissa dans le silence, un pas furtif. Elle crut d'abord que c'était le départ accoutumé, mais une ombre parut à droite, à l'opposite du massif. Madeleine se recula doucement dans sa chambre, palpitante, écouta: Une voix sarcastique s'élevait:

—Eh! monsieur le musicien, vous qui faites concurrence aux grenouilles et aux grillons des champs... deux mots, s'il vous plaît?

C'était Semaise. À la palpitation de son cœur, Madeleine chancelait, étayée à la muraille, écoutait intérieurement repasser les paroles sèches. Mais, sérieuse, une autre voix s'éleva:

—J'écoute!

La vierge en adora la vibration grave, et le timbre s'en fixa dans sa mémoire parmi les grands événements de sa vie.

—Ah! vous écoutez! Pourrait-on savoir quel péché vous expiez ici en aspergeant les Corneilles de musique au clair de lune?

—Il est inutile, répondit l'autre, de s'attarder à des puérilités. Je suis prêt à vous donner toute explication convenable, mais point ici.

—Soit, dit brusquement Semaise... vous suivrai-je ou me suivrez-vous?

—Je vous suivrai.

Le massif bruissa doucement. Une haute silhouette se profila. Invinciblement Madeleine avançait la tête, et invinciblement aussi le musicien tournait son regard vers la fenêtre de la jeune fille. Alors, béante sous la clarté lunaire, Madeleine reconnut l'officier, entrevu à la soirée de fin de saison, et qu'elle avait accablé de la moquerie de son regard. Quoi! Jacques, le fils de l'ennemi, l'inconnu haï depuis l'enfance, haï autant que son père, et au nom de qui le cœur de Madeleine avait toujours sauté de colère!