—Oui... Vous êtes fatigué, on m'a dit vos aventures, l'incertitude de votre santé. Ces considérations suffisent. Il est selon ma conscience d'engager une lutte, où hélas! presque toutes les armes redoutables sont de votre côté. En quoi puis-je n'être pas loyal?

C'était dit doucement, fermement, et Semaise sentait que, au-delà des puérilités moutonnières, Jacques avait raison. Mais trop d'amertume lui envahissait l'âme devant son rival, trop jeune, trop beau. Il voulut un dénouement à son goût, un coup d'épée, sûr de sa supériorité dans le noble art. Il y rêva deux secondes, et reprenant, très froid:

—Très bien, mais, cher monsieur, il m'énerve de voir jouer, fût-ce par un des sept sages, des nocturnes sous la fenêtre de ma fiancée, et sans tant d'arguties, j'exige tout bonnement et des excuses et la promesse de ne plus recommencer.

—Je n'ai, dit Jacques, ni excuses ni promesses à faire, n'étant point sorti de ce que je pense être honnête. Je suis pour vous un rival, et un rival malheureux. Je déclare que je persévérerai dans la lutte et que rien ne m'y fera renoncer, sinon votre mariage avec Madeleine.

—C'est net, fit Semaise avec un méchant sourire. Où puis-je s'il vous plaît, vous envoyer deux de mes amis?

—Vos amis n'ont que faire ici. Jusqu'à présent, nul de nous deux n'a, je pense, insulté l'autre.

—Ah! vous trouvez? Ces apôtres, ma parole, ont le cuir dur... Est-ce, peut-être, que vous voulez le choix des armes?

Jacques regarda Semaise avec un peu de surprise dédaigneuse, et sans qu'un trouble parût dans la beauté de sa face, avec l'aise d'une personnalité probe, courageuse et fraternelle:

—Ce serait, monsieur, une noble action à nous d'éviter un duel. Dans notre patrie, le sang de ceux qui peuvent servir est plus précieux qu'ailleurs.

Une âpre émotion prit Semaise. Sa conscience était émue de l'appel, mais, en même temps, s'élargissait sa rancune. Et soudain, brutal: