—Le meilleur système, disait un des sous-lieutenants, est un vase de terre vernie, large du bas. On y met un appât... et tous les mulots y tombent.
—Oui, répondit l'autre.
Ils burent un peu de café, lentement, examinèrent les champs avec une approbation sereine et reprirent leur confabulation.
Jacques observait la branche d'un pommier, décorée de petits globes vernis, et comme peinte sur de la soie bleue. On entendait le broutement de trois brebis, à l'orée du verger, sur des éteules de seigle. Dans la cour des Avelines, un adolescent tondait des agneaux et les douces bêtes bêlaient par intervalle. Un étalon amoureux remuait la poudre de la route; cachés dans les toisons végétales les pierrots pépiaient. Il régnait une douceur d'évangile. Et Jacques comparait la beauté du firmament à la beauté de ses souvenirs.
—La truffe aime le chêne, disait le premier sous-lieutenant.
—Et le cochon aime la truffe, répliqua l'autre plaisamment.
Tous deux se mirent à rire, et Jacques par politesse souriait. Il baissait la tête, il était reconnaissant aux brins d'herbe d'avoir tant de grâce. Sa destinée lui semblait de cristal, toute sonore et toute diaphane. Tous les carillons de la joie y tintaient, y chantaient la palingénésie du cœur.
Cependant, quelquefois, il s'y abattait un pan de froide nuit. Le choc d'angoisse, le court arrêt du cœur, pâlissait Jacques, un blêmissement venait sur le vaste horizon. Demain, peut-être, une épée allait le rayer du monde. Puis, le flux rouge reprenait, remontait en mascaret aux artérioles de la face, y ramenait un vague sourire de béatitude. À tant de périls, déjà, il avait échappé. La niaiserie d'un duel ne l'emporterait pas.
—Oui, c'est ainsi, déclarait le sous-lieutenant rural, dans les truffières d'Étampes, les chiens seuls sont employés à la récolte. Et cette méthode se généralisera.
—Évidemment.