—Devant les motifs mystérieux, mais graves, qui sont invoqués pour la rupture des fiançailles... il est clair que nous ne pouvons que donner notre adhésion pleine et entière... Vous pouvez d'ailleurs affirmer à Monsieur de Semaise, et je pense qu'il en a toujours été persuadé, que pas une seule parole compromettante ne sera dite par nous contre sa personne... Pourtant nous prenons acte de l'engagement pris par lui, de persuader au monde que le refus n'émane que de nous... et nous agirons en conséquence.

Le docteur s'inclina, heureux d'avoir terminé, sans anicroche, son ambassade. Quand Vacreuse et Jeanne se retrouvèrent seuls, il y eut deux minutes de silence, elle ténébreuse, lui nerveux, un peu apeuré, comme à toutes les tempêtes de son intimité.

—Et ça ne vous fait pas plus que ça! cria Jeanne enfin, furieuse de l'attitude recroquevillée de son mari.

—Moi!... ma chère, mais ça m'écrase!

—On ne le dirait guère!... Ah! décidément ces aventures-là n'arrivent qu'à moi!

—Oh! fit craintivement Vacreuse... ça, vraiment, Jeanne!... C'est justement à toi seule que ces sortes de choses n'arrivent jamais!

XXIII

L'après-midi de ce même jour, Vacreuse étant dehors, Jeanne se tenait solitaire dans son cabinet de travail. Son désappointement persistait, son ennui dur d'ambitieuse et d'opiniâtre déçue, et elle murmurait, par intervalles, des paroles de colère. En ce moment, un domestique entra lui remettre la carte d'un visiteur. Elle regarda vaguement le petit rectangle blanc, indifférente. Mais brusquement, elle tressauta, et, après de l'hésitation, d'un mouvement vif:

—Introduisez ce monsieur!

Puis, tandis que le domestique sortait, elle relisait le nom imprimé sur la carte, avec, peut-être, plus de surprise encore que dans le premier moment, et, avec sa moue carrée, elle grommelait: