Son mari! Jacques songea que l'intervention de Vacreuse avait dû être singulièrement négligeable, pendant qu'elle continuait de l'air de traiter une chose de négoce:

—Nos conclusions vous sont favorables...

—Oh! soupira Jacques tout pâle.

Et il faisait l'effort de balbutier son ravissement.

—Attendez! dit Jeanne. Nous ne cédons pas sans exigence... Avez-vous déjà parlé à M. Laforge?

—Non, dit Jacques.

—Son consentement est-il probable?

—Il est certain.

—Bien. Sans doute, vous vaincrez. Mais monsieur votre père voudra-t-il venir, en personne, me demander Madeleine? car c'est là notre condition!

Alors Jacques vit se lever la silhouette de son père, le masque bilieux, d'étroitesse butée, bouillant d'énergies tâtillonnes, aux taches d'ictère, aux pupilles d'un coq de combat. Celui-là céderait-il? Après le premier veto de son indignation, veto certain, combien de chances qu'il restât inaccessible! Car Jacques n'ignorait pas, hélas! les bornes peu étendues de cette pensée de lutteur, combien tout l'être était en lui déraisonnable, en proie aux impressions barbares. Ah! l'œuvre était dure de vaincre sa rancune, de desserrer les crocs de sa volonté. Jacques pourtant l'espéra; il osa compter sur l'instinct violent de race qui hante ces natures, sur les menaces qu'un fils peut faire à leur orgueil. Oui, à une demande suprême, le père pouvait céder. Et Jacques se tourna vers Mme Vacreuse: