—Allons! tu dors… fit-elle d'un ton plus sourd et un peu déçu.

J'eus pitié d'elle et je protestai:

—Mais non, ma tante, je vous assure…

—Mais si! dit-elle. Je comprends bien d'ailleurs que tout cela ne t'intéresse guère. Je te parle là de gens que tu n'as pas connus…

Et lâchement, cette fois, je ne répondis pas.

CHAPITRE IV
LA GRANDE NOUVELLE

Il faisait, le lendemain matin, quand j'arrivai dans la grand'rue, un si beau temps de vacances, un si grand calme, et sur tout le bourg passaient des bruits si paisibles, si familiers, que j'avais retrouvé toute la joyeuse assurance d'un porteur de bonne nouvelle…

Augustin et sa mère habitaient l'ancienne maison d'école. A la mort de son père, retraité depuis longtemps, et qu'un héritage avait enrichi, Meaulnes avait voulu qu'on achetât l'école où le vieil instituteur avait enseigné pendant vingt années, où lui-même avait appris à lire. Non pas qu'elle fût d'aspect fort aimable: c'était une grosse maison carrée comme une mairie qu'elle avait été; les fenêtres du rez-de-chaussée qui donnaient sur la rue étaient si hautes que personne n'y regardait jamais; et la cour de derrière, où il n'y avait pas un arbre et dont un haut préau barrait la vue sur la campagne, était bien la plus sèche et la plus désolée cour d'école abandonnée que j'aie jamais vue…

Dans le couloir compliqué où se trouvaient quatre portes, je trouvai la mère de Meaulnes rapportant du jardin un gros paquet de linge, qu'elle avait dû mettre sécher dès la première heure de cette longue matinée de vacances. Ses cheveux gris étaient à demi défaits; des mèches lui battaient la figure; son visage régulier sous sa coiffure ancienne était bouffi et fatigué, comme par une nuit de veille; et elle baissait tristement la tête d'un air songeur.

Mais, m'apercevant soudain, elle me reconnut et sourit: