Alors, en le regardant fixement, d'un air anxieux, elle sortit de sa poche un petit paquet de lettres qu'elle lui tendit, les lettres de son fiancé.

Ah! tout de suite, il reconnut la fine écriture. Comment n'y avait-il jamais pensé plus tôt! C'était l'écriture de Frantz le bohémien, qu'il avait vue jadis sur le billet désespéré laissé dans la chambre du Domaine…

Ils marchaient maintenant sur une petite route étroite entre les pâquerettes et les foins éclairés obliquement par le soleil de cinq heures. Si grande était sa stupeur que Meaulnes ne comprenait pas encore quelle déroute pour lui tout cela signifiait. Il lisait parce qu'elle lui avait demandé de lire. Des phrases enfantines, sentimentales, pathétiques… Celle-ci, dans la dernière lettre:

«… Ah! vous avez perdu le petit cœur, impardonnable petite Valentine. Que va-t-il nous arriver? Enfin je ne suis pas superstitieux…»

Meaulnes lisait, à demi aveuglé de regret et de colère, le visage immobile, mais tout pâle, avec des frémissements sous les yeux. Valentine, inquiète de le voir ainsi, regarda où il en était, et ce qui le fâchait ainsi.

—C'est, expliqua-t-elle très vite, un bijou qu'il m'avait donné en me faisant jurer de le regarder toujours. C'étaient là de ses idées folles.

Mais elle ne fit qu'exaspérer Meaulnes.

—Folles! dit-il en mettant des lettres dans sa poche. Pourquoi répéter ce mot? Pourquoi n'avoir jamais voulu croire en lui? Je l'ai connu, c'était le garçon le plus merveilleux du monde!

—Vous l'avez connu, dit-elle au comble de l'émoi, vous avez connu Frantz de Galais?

—C'était mon ami le meilleur, c'était mon frère d'aventures, et voilà que je lui ai pris sa fiancée!