—Ce n'est pas toi qui nous fera sortir, tu sais!
Mais déjà Meaulnes était sur lui. Il y eut d'abord une bousculade; les manches des blouses craquèrent et se décousirent. Seul, Martin, un des gars de la campagne entrés avec Jasmin, s'interposa:
—Tu vas te laisser! dit-il, les narines gonflées, secouant la tête comme un bélier.
D'une poussée violente, Meaulnes le jeta, titubant, les bras ouverts, au milieu de la classe; puis, saisissant d'une main Delouche par le cou, de l'autre ouvrant la porte, il tenta de le jeter dehors. Jasmin s'agrippait aux tables et traînait les pieds sur les dalles, faisant crisser ses souliers ferrés, tandis que Martin, ayant repris son équilibre revenait à pas comptés, la tête en avant, furieux. Meaulnes lâcha Delouche pour se colleter avec cet imbécile, et il allait peut-être se trouver en mauvaise posture, lorsque la porte des appartements s'ouvrit à demi. M. Seurel parut la tête tournée vers la cuisine, terminant, avant d'entrer, une conversation avec quelqu'un…
Aussitôt la bataille s'arrêta. Les uns se rangèrent autour du poêle, la tête basse, ayant évité jusqu'au bout de prendre parti. Meaulnes s'assit à sa place, le haut de ses manches décousu et défroncé. Quant à Jasmin, tout congestionné, on l'entendit crier durant les quelques secondes qui précédèrent le coup de règle du début de la classe:
—Il ne peut plus rien supporter maintenant. Il fait le malin. Il s'imagine peut-être qu'on ne sait pas où il a été!
—Imbécile! Je ne le sais pas moi-même, répondit Meaulnes, dans le silence déjà grand.
Puis, haussant les épaules, la tête dans les mains, il se mit à apprendre ses leçons.
CHAPITRE VII
LE GILET DE SOIE
Notre chambre était, comme je l'ai dit, une grande mansarde. A moitié mansarde, à moitié chambre. Il y avait des fenêtres aux autres logis d'adjoints; on ne sait pourquoi celui-ci était éclairé par une lucarne. Il était impossible de fermer complètement la porte, qui frottait sur le plancher. Lorsque nous y montions, le soir, abritant de la main notre bougie que menaçaient tous les courants d'air de la grande demeure, chaque fois nous essayions de fermer cette porte, chaque fois nous étions obligés d'y renoncer. Et, toute le nuit, nous sentions autour de nous, pénétrant jusque dans notre chambre, le silence des trois greniers.