—Meaulnes! tu repars?
Il ne répondit pas. Alors, tout à fait affolé, je dis:
—Eh bien, je pars avec toi. Il faut que tu m'emmènes.
Et je sautai à bas.
Il s'approcha, me saisit par le bras, me forçant à m'asseoir sur le rebord du lit, et il me dit:
—Je ne puis pas t'emmener, François. Si je connaissais bien mon chemin, tu m'accompagnerais. Mais il faut d'abord que je le retrouve sur le plan, et je n'y parviens pas.
—Alors, tu ne peux pas repartir non plus?
—C'est vrai, c'est bien inutile… fit-il avec découragement. Allons, recouche-toi. Je te promets de ne par repartir sans toi.
Et il reprit sa promenade de long en large dans la chambre. Je n'osais plus rien dire. Il marchait, s'arrêtait, repartait plus vite, comme quelqu'un qui, dans sa tête, recherche ou repasse des souvenirs, les confronte, les compare, calcule, et soudain pense avoir trouvé; puis de nouveau lâche le fil et recommence à chercher…
Ce ne fut pas la seule nuit où, réveillé par le bruit de ses pas, je le trouvai ainsi, vers une heure du matin, déambulant à travers la chambre et les greniers—comme ces marins qui n'ont pu se déshabituer de faire le quart et qui, au fond de leurs propriétés bretonnes, se lèvent et s'habillent à l'heure réglementaire pour surveiller la nuit terrienne.