Et Millie demanda à mi-voix:
—Mais qu'est-ce que cela veut dire?
lorsque soudain les voix du portail et du mur grillé—puis celle de la fenêtre—s'arrêtèrent. Deux coups de sifflet partirent derrière la croisée. Les cris des gens grimpés sur le cellier, comme ceux des assaillants du jardin, décrurent progressivement, puis cessèrent; nous entendîmes, le long du mur de la salle à manger le frôlement de toute la troupe qui se retirait en hâte et dont les pas étaient amortis par la neige.
Quelqu'un évidemment les dérangeait. A cette heure où tout dormait, ils avaient pensé mener en paix leur assaut contre cette maison isolée à la sortie du bourg. Mais voici qu'on troublait leur plan de campagne.
A peine avions-nous eu le temps de nous ressaisir—car l'attaque avait été soudaine comme un abordage bien conduit—et nous disposions-nous à sortir, que nous entendîmes une voix connue appeler à la petite grille:
—Monsieur Seurel! Monsieur Seurel!
C'était M. Pasquier, le boucher. Le gros petit homme racla ses sabots sur le seuil, secoua sa courte blouse saupoudrée de neige et entra. Il se donnait l'air finaud et effaré de quelqu'un qui a surpris tout le secret d'une mystérieuse affaire:
—J'étais dans ma cour, qui donne sur la place des Quatre-Routes. J'allais fermer l'étable des chevaux. Tout d'un coup; dressés sur la neige, qu'est-ce que je vois: deux grands gars qui semblaient faire sentinelle ou guetter quelque chose. Ils étaient vers la croix. Je m'avance: je fais deux pas—Hip! les voilà partis au grand galop du côté de chez vous. Ah! je n'ai pas hésité, j'ai pris mon falot et j'ai dit: Je vas aller raconter ça à M. Seurel…
Et le voilà qui recommence son histoire: «J'étais dans la cour derrière chez moi…» Sur ce, on lui offre une liqueur, qu'il accepte, et on lui demande des détails qu'il est incapable de fournir.
Il n'avait rien vu en arrivant à la maison. Toutes les troupes mises en éveil par les deux sentinelles qu'il avait dérangées s'étaient éclipsées aussitôt. Quant à dire qui ces estafettes pouvaient être…