«Mardi 12 juin.—Sept heures, cap sud-ouest, vent grand frais, nord, distance enregistrée au loch à midi, 75 milles un quart, tempête à midi, mer démontée, à la cape à 13 heures.
«Mercredi 13 juin.—A la cape toute la nuit, 6 heures du matin W. S. W. vent grand frais N. W.; dans l'après-midi, croise vapeur qui roule fortement.
«Jeudi 14 juin.—Vent nord plus modéré, distance au loch à midi 54 milles. Latitude par observation: 34° 21′.
«Vendredi 15 juin.—Vent frais, ciel bleu, loch à midi, 68 milles. A 13 heures la sous-barbe se brise. La sous-barbe est une manœuvre dormante qui, partant de l'extrémité du beaupré, vient se raidir sur l'étrave et sert à contre-tenir le beaupré contre les efforts de bas en haut qui lui sont transmis par les étais.
«Pour la réparer, je dois me rendre à l'extrémité du beaupré, difficile manœuvre dans une forte mer. Les risques d'être enlevé par une lame sont grands.
«J'avais à travailler avec mes mains, me cramponnant avec les jambes. De temps en temps, le Firecrest tanguait et je disparaissais entièrement dans l'eau, mais la mer était chaude et ce bain forcé nullement désagréable.
«Je me souviens d'avoir lu que le yacht d'un célèbre navigateur solitaire fut trouvé après une tempête à la dérive sans personne à bord. Le livre de bord portait cette inscription: «Je dois me rendre à l'extrémité du beaupré. Reviendrai-je?»
«Samedi 16 juin.—Vent très frais, loch enregistre à 12 heures: 72 milles. Quatorze heures, la bordure de la grand'voile se déchire et je dois l'amener et hisser la voile de cape.
«17 juin.—Vent très frais nord, cap sud-ouest; à 12 heures le vent souffle en tempête puis se calme subitement vers dix-sept heures. D'après mes observations, je suis à environ six cent vingt milles de Gibraltar et quarante milles au sud-ouest de Madère, que je ne peux apercevoir.
«La mer devient calme et le ciel se dégage. J'en profite pour faire sécher mes vêtements et ma literie.»