D'abord il me sera possible de me procurer des voiles neuves. Je conserverai un rouleau pour le gui, qui sera non plus en bronze mais en fer galvanisé et du modèle des bateaux pilotes du canal de Bristol. Le Firecrest ne sera plus gréé en cotre franc mais en bermudien, ce qui me permettra de réduire la longueur de mon beaupré de quatre-vingt-dix centimètres. Le beaupré sera fixe ainsi que la sous-barbe qui sera une barre de fer forgé et ne transmettra pas ainsi à la partie supérieure du mât des efforts de flexion.
Le gui sera creux, d'un diamètre de quinze centimètres, construit par Mac Gruer et formé de cinq épaisseurs de bois cimentées ensemble.
Une des difficultés de ma traversée avait été pour moi, quand je voulais hisser la grand'voile par gros temps, de faire passer la corne entre les balancines. Le poids de la corne rendait souvent aussi très difficile la manœuvre d'amener la grand'voile.
Si je voulais utiliser la voile de cape, il me fallait amener le gui sur le pont, ce qui est une manœuvre très difficile et dangereuse, même avec un bon équipage. Le poids réduit du gui creux facilitera beaucoup la manœuvre d'amener la voile, et me permettra de ne plus utiliser de voile de cape. Le gréement bermudien supprime d'ailleurs tous les inconvénients de la corne. Un chemin de fer le long du gui me permettra de rentrer complètement et très vite la grand'voile, et d'avoir ainsi deux voilures l'une de petit temps et l'autre de gros temps qui remplacera la voile de cape.
Le mât de flèche sera creux—et j'utiliserai des cercles de mât jusqu'aux jottereaux. La grande simplicité du gréement bermudien m'a beaucoup séduit. L'idéal serait d'avoir seulement deux voiles, grand'voile et foc, et pas de beaupré. Cependant je conserverai un foc et une trinquette et deux étais.
L'eau ne sera plus renfermée dans des barils en chêne mais dans des réservoirs en fer galvanisé. Dans ma prochaine grande traversée, je n'emporterai pas de viande sauf du lard fumé ou bacon. Pas de conserves en boîtes sauf du lait, du riz, des pommes de terre, du beurre salé, des confitures et du biscuit. Le nouveau réchaud à pétrole sous pression que j'emploierai est entièrement démontable et m'évitera les ennuis de ma première traversée.
J'emporte cette fois en outre une arbalète à poissons, des armes à feu, un petit cinéma et deux kilomètres de films contenus par rouleau de vingt-cinq mètres dans quatre-vingts boîtes en zinc, un appareil à pellicules entièrement métallique.
Une autre question un peu technique que je n'ai pu traiter au cours de mon récit est celle de la navigation. Je me servirai encore d'un sextant à micromètre sans vernier du type utilisé par l'amirauté britannique à bord de ses torpilleurs. Ce sextant ne donne que la demi-minute qui est une approximation inférieure à l'erreur d'observation due à la faible hauteur de l'œil au-dessus de l'horizon. J'utilise les tables du lieutenant Johnson, R. N., qui permettent avec une approximation suffisante des calculs très rapides. J'emploie aussi les nouvelles méthodes de navigation de la Summers Line.
Je n'emporte pas de chronomètres proprement dits, mais deux montres de torpilleurs du type en usage dans la marine.
Un autre des inconvénients du Firecrest est sa taille. Je l'aime tellement que je le conserverai toujours, mais si je devais me faire construire un navire pour une traversée semblable, je le ferais faire beaucoup plus petit. Bien construit, il pourrait très bien tenir la mer, et éviterait au navigateur solitaire une grande fatigue physique.