LA CHEMINÉE C. Je vous félicite, ma chère voisine; je vous sais bon gré de vous intéresser au bonheur des amants: nous leur devons cela, comme leurs confidentes; pour moi, je ferais tout au monde pour eux. Ecoutez donc ce qui m'est arrivé: mon aventure ressemble assez à la vôtre: vous savez que la chambre à laquelle j'appartiens est une vraie cellule.
LA CHEMINÉE D. Et que c'est la cellule d'une petite personne charmante, de Julie.
LA CHEMINÉE C. Julie était aimée d'un jeune officier fort aimable, nommé Trason, et Trason n'aimait point une ingrate.
LA CHEMINÉE D. Voilà ce que je ne savais pas.
LA CHEMINÉE C. Il ne manquait à leur bonheur que l'occasion d'être heureux; mais la mère de Julie avait plus d'yeux qu'Argus, et la chambre de cette fille malheureuse était plus inaccessible que la tour de Danaé.
LA CHEMINÉE D. Que vous êtes savante! vous possédez à merveille la fable; je crois qu'avant Julie vous aviez eu un poëte à votre foyer; mais la tour de Danaé, puisque vous me la citez, ne fut pas impénétrable à une pluie d'or.
LA CHEMINÉE C. Cela est vrai; vous savez aussi que Danaé avait pour amant un dieu, et un dieu qui pouvait convertir la pluie et les pierres en or; au lieu que Trason, après trois campagnes, ne doit pas être bien en espèces; ainsi il n'était pas question de recourir à la pluie d'or.
LA CHEMINÉE D. De quel autre expédient s'est-il donc servi?
LA CHEMINÉE C. Du plus simple qu'il fût possible. Trason demeure fort près d'ici; sans autre magie que celle de l'amour, il a monté par la cheminée, il est venu sur les toits jusqu'à mon chapiteau, qu'il a enlevé sans peine (car je n'avais pas la moindre envie de lui résister); ensuite il est descendu par mon tuyau dans la chambre de Julie, en se soutenant avec le dos et les genoux.
LA CHEMINÉE D. L'attendait-elle?