—C’est un peu vrai, acquiesça Veyssières en souriant, par politesse.
—Ce n’est que trop vrai, monsieur, que bien trop vrai! Six cents députés! Quelle discipline peut il y avoir?... Avez-vous remarqué que les affaires ne marchent, que nous ne sommes un peu tranquilles, que quand ces messieurs du Parlement sont absents, sont en vacances?
—Eh! eh!
—Dès qu’ils plient bagage, qu’ils clôturent ce qu’on nomme leurs sessions, tout chacun, d’un bout du pays à l’autre, fait «Ouf!», tout le monde soupire: «Ah! enfin! enfin! quel débarras!»
—Oh! oh!
—C’est comme un cri du cœur ... Il semble que nous ayons un fardeau de moins à traîner. Il y a deux choses, voyez-vous, monsieur, deux choses qu’il faudrait restreindre, diminuer à tout prix, je ne cesse de le répéter: c’est le nombre de nos représentants et le nombre des marchands de vin. Mais voilà! Ça se tient. Ce sont les marchands de vin qui font les élections, qui sont tout; ce sont les rois de l’époque ... avec les députés. Je me suis laissé dire par un de mes clients, qui est un homme instruit, monsieur, un professeur de l’Université, que notre siècle serait appelé «le siècle des mastroquets». Autrefois, il n’y a pas trente ans, on ne voyait pas de femme aller prendre son absinthe ou siroter son petit verre devant le comptoir; maintenant, des moutards, des polissons ... Tenez, justement, voilà la petite Birotte ...»
Le père Jean-Louis fut interrompu en cet endroit par ladite fruitière, Mme Paquin, qui interpellait une gamine d’une douzaine d’années, sordidement vêtue, la jupe en lambeaux, des savates aux pieds, les cheveux en désordre, le teint jaunâtre, hâve et maladif, l’œil vicieux, hardi, insolent et sournois.
«Dis donc, Tavie! Tu aurais dû te dépêcher! Tu aurais aidé ta mère à remonter.
—Elle était encore mûre?
—Un peu, mon neveu!