—Évidemment! Toujours pratiques, toujours le dieu dollar! Mais quels mariages! Ça n’existe même plus, le mariage, là-bas, autant dire; ce n’est plus qu’une plaisanterie, dont ces demoiselles sont les premières à s’amuser. C’est à qui d’entre elles, par exemple, fera célébrer son union à la plus grande altitude possible, et alors la cérémonie a lieu en ballon ou au sommet d’une montagne. D’autres, au contraire, luttent pour la profondeur, et descendent dans des souterrains ...
—Insensé!
—C’est ce que je te dis: c’est fou! Des toquées, des détraquées, toutes, ou peu s’en faut, et des détraquées égoïstes, féroces. Nous en avons des échantillons par celles qui viennent en Europe faire leurs farces.
—Effectivement!
—Si je te disais que j’ai vu à Derby, dans ce même État de Connecticut, une grand’mère de cinquante-neuf ans épouser son petit-fils, son propre petit-fils, âgé de vingt ans? Pourquoi ce mariage? Uniquement pour que la fortune des deux conjoints ne sortît pas de la famille. C’est une autre façon de la comprendre, la famille, encore une fois, une autre morale ... Un petit fils qui épouse sa grand’mère, ça ne les choque pas; la loi ni la décence n’ont à intervenir. Du reste, était-ce bien sa grand’maman? Il ne s’en doutait peut-être pas. On ne s’y reconnaît plus, puisqu’on divorce là-bas comme on veut et autant qu’on veut, pour un oui ou un non, illico, séance tenante; et je ne sais pourquoi ces dames et messieurs s’obstinent à garder encore un semblant de cérémonial nuptial. Ils ne tarderont pas, j’aime à le croire, à s’en défaire, avec les hôpitaux, les malades et le reste. Beaucoup de particuliers même ne prennent plus la peine de demander le divorce et se remarient aussi souvent que le cœur leur en dit: tel gentleman possède ainsi, toutes bien vivantes, une demi-douzaine d’épouses, qu’il pourrait qualifier de légitimes; réciproquement, quantité de gentlewomen ont tout un stock d’époux ... Autant, mon Dieu, faire le métier que je fais: on ne profane aucun culte au moins! Il est vrai que leurs cultes, à eux,—ils en ont je ne sais combien!—s’accommodent de toutes les bizarreries, de toutes les dérisions et les extravagances. As-tu jamais vu un homme, en même temps qu’il fait enterrer sa femme, faire célébrer son mariage avec une autre? J’ai vu cela à Huntington, dans l’État de Virginie. Le service funèbre s’achevait à peine, que le veuf alla offrir son bras à une cousine de la défunte, puis, s’approchant du pasteur, lui dit: «Pendant que vous y êtes, vous seriez bien aimable de nous marier? Ça nous épargnerait la peine de revenir ...»
—Ça nous ferait gagner du temps.
—C’est cela! Time is money, toujours!
—Et le pasteur?
—Il a procédé très bénévolement à l’office nuptial; puis le mari s’en est allé conduire au cimetière le corps de sa première femme, en compagnie de la seconde qu’il venait d’épouser.
—Impayable!