VIII

Avant de rentrer chez elle, où Veyssières devait venir la voir ce jour-là, Katia Mordasz pénétra dans la boutique de son voisin, le petit horloger Jean-Louis, pour recourir à ses bons offices et lui demander de régler sa montre.

«Voulez-vous me la laisser quatre ou cinq jours, mademoiselle? dit-il. Je vous en prêterai une autre en attendant.»

Katia accepta l’offre, et, comme elle allait se retirer:

«Croyez-vous, hein? reprit le bonhomme en se plantant les deux poings sur les hanches. Croyez-vous?...

—Quoi donc, monsieur Jean-Louis?

—Ils en ont du toupet, hein! Ils trouvent qu’ils ne sont pas assez!!!

—Ah! vous voulez parler de l’augmentation du nombre des députés, de cette proposition?...

—Ils sont tout près de six cents! Ils ne s’entendent d’aucune façon, ni au propre ni au figuré. Quand l’un pérore à l’extrémité gauche, ses paroles n’arrivent pas jusqu’à l’extrémité droite, tant la salle est vaste, nécessairement! Et ils trouvent que ce n’est pas encore assez, qu’ils sont trop peu! Oh! là là là là là! Si ce n’est pas se ficher du peuple! Et savez-vous pourquoi cette augmentation, mademoiselle Mordasz? Je vais vous le dire! C’est qu’il y a un tas de paresseux, un tas de fainéants, de flandrins et de propres à rien, dont on ne sait que faire, un tas de braillards et de piliers de café qu’il faut caser ... et on les case dans la politique, on nous les flanque sur le dos! C’est la princesse qui paye tout cela. Croyez-vous? 675 députés, d’après le nouveau projet! 675! Ah! misère! Quand le quart, 150 ou 200 suffiraient si largement à la besogne!