—Il n’y a pas de «Oh!» qui tienne! Très amoureux! Très amoureux!»
Certainement, parmi les condisciples de Félicien, il en était plus d’un qui n’aurait pas manqué de prouver sur-le-champ à la sorcière qu’elle pronostiquait juste. Combien d’écoliers, que de complaisantes dames mûres, sèches ou blettes, de généreuses, attentionnées et dévouées douairières, se sont ainsi ingéniées à diriger vers les sentiers du paradis terrestre et à initier aux douceurs du fruit défendu! Combien de respectées et respectables matrones se faisant ainsi à huis clos les éducatrices de la timide adolescence! Tant il est vrai que les extrêmes se touchent, et que si les Arnolphes affectionnent les Agnès, les comtesses Almavivas ne rebutent point les Chérubins. Oh non! Et cependant, malgré l’égalité absolue des deux sexes, ce sont les Agnès seules que la société, aussi bien que la loi, songe à protéger. Les Chérubins s’en tirent comme ils peuvent. On punit les détournements de mineures: ceux de mineurs, on les ignore ou on en rit.
«Drôle d’égalité! Étrange justice!» s’écriait un jour Elvire Potarlot, dans un de ses articles de l’Émancipation, en faisant allusion aux frasques de sa rivale, la directrice de l’Affranchie.
Et, par haine de celle-ci autant sans doute que par esprit d’équité, elle terminait par cette imprécation, totalement dépouillée d’artifice et d’atticisme:
«Haro sur les corruptrices, aussi bien que sur les corrupteurs de l’enfance! Vieilles cochonnes et vieux cochons, cela va de pair, et il faudrait fouailler et cingler les unes comme on étrille et fustige les autres!»
Élevé dans son trou de province et introduit, depuis quelques semaines seulement, dans le monde scolaire parisien, Félicien Magimier n’avait pas encore eu le temps de perdre sa gaucherie ni sa fleur et conservait tout le velouté de l’ignorance.
«Et je ne réussirais pas à t’apprendre ... Et ce serait une autre que moi qui cueillerait ... Ah mais non! Ah mais non! protestait à part soi et avec une farouche véhémence la généreuse Angélique. Tu es là, mon bijou, et je ne te laisserai pas ... Ah mais non! Il faudra bien que ... Tu auras beau faire le petit serin: bon gré mal gré, il faudra que tu y passes!»
Elle le questionnait insidieusement:
«Vous n’avez laissé là-bas, chez vous, aucune affection?
—Oh! si, madame. J’ai maman ...