—Moi de même!» acheva la digne et serviable Mme de Saint-Géran en se levant et en quittant la pièce.
Quand elle y rentra, une minute après, elle était escortée d’une élégante et pimpante visiteuse qu’Armand de Sambligny reconnut tout de suite.
C’était sa femme, sa propre femme, Jeanne de Sambligny, née Rousselin, en chair et en os.
Pendant qu’elle poussait un cri d’effroi et tentait de s’enfuir, il demeurait, lui, suffoqué et cloué sur place.
«Comment!... Non, ne vous en allez pas! ordonna-t-il en la retenant par le bras, lorsque ce premier moment de stupeur fut passé. Comment, c’est vous? Et vous m’aviez dit «toute jeune», madame? reprit-il en s’adressant à Mme de Saint-Géran. Toute jeune! On voit bien que vous n’exigez pas de vos clientes le dépôt de leur acte de naissance, sans cela vous auriez constaté l’âge, l’âge déjà respectable de cette ... jouvencelle. Auriez-vous l’obligeance de nous laisser seuls un instant? ajouta-t-il. Madame et moi avons eu déjà l’ineffable plaisir de nous rencontrer ... pas chez vous, non! Elle remonte à près de vingt ans, cette première entrevue; ainsi jugez si cela nous rajeunit, madame et moi! Avec votre permission, nous allons renouveler connaissance.»
Derechef la matrone abandonna la place. A peine la porte était-elle refermée, qu’Armand de Sambligny, tout à fait remis à présent, en pleine possession de lui-même, de sa robuste et sereine raison et de sa rabelaisienne et invincible bonne humeur, éclata de rire.
«Ah! délicieux! Tu ne t’attendais pas?... Ni moi non plus, du reste! Non! C’est le cas ou jamais de m’écrier, avec le sire de Framboisy:
Corbleu, madame, que faites-vous ici? Corbleu, madame...
—Et vous? lança Jeanne avec rage. Et vous? Qu’y faites-vous? Ah! cela vous va bien de vous moquer ainsi!