—Oui, oui! Mais, en attendant, ajouta Katia, prenons donc notre thé: il refroidit.

—Et prenons surtout, conclut le sceptique Veyssières, prenons le temps comme il vient, les hommes comme ils sont, et les femmes ... ô Katia! les femmes pour ce qu’elles veulent être!»


XIV

Il en coûta cher, ce printemps-là, à M. le sénateur d’Indre-et-Var Ernest de Brizeaux, et à Léopold Magimier, député de Seine-et-Loire, pour avoir méconnu les principes essentiels de la sagesse salomonienne, et notamment ce capital avertissement:

«Il n’y a pas grand mal à aimer un peu trop les femmes,—les, au pluriel. Le danger et le malheur, c’est d’arriver à en préférer une. Attention! Méfiez-vous!»

Si M. le député de Seine-et-Loire avait pour Égérie la volumineuse et adipeuse dame Bombardier, prénommée Angélique, M. le sénateur d’Indre-et-Var prêtait volontiers l’oreille aux suggestions de la sèche, osseuse et rugueuse épouse Cherpillon, née Zénobie Landivain. Ce n’était pas, on s’en doute un peu, à ses beaux yeux, abrités et cachés d’ailleurs maintenant sous de vilaines lunettes bleuâtres, que la quinquagénaire Zénobie devait ce précieux avantage: sa fille cadette, qu’elle avait eu l’insigne sagesse de placer comme secrétaire auprès du père conscrit, lui valait seule cet honneur.

Mariée à un petit employé de la préfecture de la Seine, qui n’avait jamais pu dépasser le grade de commis principal, Zénobie Cherpillon s’était créé un ménage à sa mode, où elle avait érigé en axiome et fait régner sans conteste la suprématie féminine. Aussi ses amies, ses plus intimes compagnes de luttes et de gloire, ne pouvaient-elles comprendre qu’elle osât attaquer l’institution du mariage, prêcher l’union libre, et tout d’abord, comme prolégomènes ou premier pas, réclamer le divorce par consentement mutuel.

«S’il en est une qui n’a pas à se plaindre, c’est cependant bien elle! répétait à l’envi tout son entourage. Elle aurait beau tâter de tous les hommes de la terre, elle n’en trouverait jamais un plus docile, plus soumis, plus aveuglément dévoué que celui qu’elle possède! De quoi donc se mêle-t-elle? Nous, du moins, nous avons des griefs, des raisons ... Moi, mon mari m’a mangé toute ma dot ...