«Des médecins? Mais il y en a dix fois trop! avait nettement déclaré à Olympe un brave docteur, ami de la famille. Si les médecines viennent pour comble à la rescousse! A votre place, ma chère enfant, avait-il ajouté sans rire, je travaillerais l’hippiatrique, je me ferais vétérinaire.
—Vétérinaire? Mais, docteur, ce n’est pas un métier de femme!
—Comment! Comment! Que m’objectez-vous là? Qu’est-ce que c’est?... Est-ce qu’il doit y avoir, est-ce qu’il y a la moindre différence? «Métier de femme!» Mais tous les métiers d’homme sont aujourd’hui des métiers de femme, ma chère petite.
—Pourtant, soigner des chevaux ...
—Sera plus lucratif pour vous que de droguer des gens, je vous le garantis!»
Olympe n’avait pas écouté ce sage conseil, et maintenant elle végétait, se battait les flancs, faisait des conférences gratuites sur l’hygiène infantile, des cours, encore plus gratuits, de sciences physiques et naturelles dans plusieurs associations philotechniques et philomathiques; elle avait gagné à ce labeur les palmes académiques,—un gentil petit ruban violet qui s’étalait sur sa plate poitrine,—mais de clientèle, pas l’ombre.
«Ah! soupirait la maman, si l’on pouvait te faire nommer médecin dans une administration, au Crédit foncier, par exemple, au Crédit lyonnais, à la Banque de France, à la Manufacture des Tabacs, quelque part où l’on emploie des dames! C’est cela qui serait bon! Ce serait du pain sur la planche!»
Ces divers postes étaient malheureusement occupés, et des centaines, des milliers de postulants et postulantes les guettaient, tout prêts à s’en disputer l’accession.
Mme Cherpillon poussa sa fille à grossir le nombre de ces quémandeurs féroces, à solliciter un emploi de médecin inspecteur à l’Assistance publique, et mit en branle à cette occasion tous ses amis, amies et connaissances. Parmi ceux-ci figurait le sénateur d’Indre-et-Var, «toujours disposé, comme chacun sait, à prendre en main la cause des femmes; apôtre ardent et champion infatigable, avec son collègue Magimier, de toutes les revendications féminines».