—Dieu m’en préserve, mon cher Nantel, éminent secrétaire et illustrissime trésorier! répliqua Chantolle. Mais je serais encore plus content si je pouvais choisir ailleurs, dans mes dix sexes!

—Gourmand!

—Du reste, la remarque est générale, continua Nantel. L’époque est très propice aux sociétés comme la nôtre, et les principes de Salomon ...

—Qui sont ceux de la Sagesse! proclama Magimier.

— ... ont de plus en plus d’adeptes.»

Cette société, placée sous le patronage du glorieux fils de David, richissime possesseur de femmes et esclave d’aucune, judicieux appréciateur du sexe et prince de Sapience, se composait de treize affiliés, ses treize fondateurs, et jusqu’à présent n’admettait pas d’adhérents nouveaux. Tous se connaissaient de longue date, s’étaient éprouvés, avaient entre eux de vieux liens de cordiale et franche camaraderie. Tous étaient des hommes d’âge mûr, instruits et expérimentés, et appartenaient par leur situation de fortune, leurs professions ou leurs fonctions, à la classe qualifiée de dirigeante.

Ainsi que les autres confréries de même nom florissant à Paris, l’association salomonienne qui comprenait les écrivains Veyssières et Chantolle, le peintre Ravida, l’avocat Nantel, les bureaucrates Sambligny et Jourd’huy, le député Magimier, le sénateur Brizeaux, les ingénieurs Rouyer et Lesparre, le maître des requêtes Courcelles d’Amblaincourt, le président de tribunal Herbeville, et le négociant commissionnaire exportateur Ferrero,—avait pour but de satisfaire au meilleur taux et le mieux possible les charnels besoins de l’humaine nature, de concilier, en d’autres termes, la polygamie et l’économie.

Ces Salomoniens ou Sages avaient inscrit, en tête de leur programme et au-dessus de leurs statuts, des maximes du genre de celles-ci, puisées toutes chez de clairvoyants moralistes ou de profonds et puissants esprits, ou encore dans la Sagesse même des nations, aux sources les plus hautes et les plus sûres:

Il n’y a qu’une chose de bonne en amour, le physique: le moral n’en vaut rien.

(Buffon.)