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La conversation, à mesure que le repas s’avançait, s’animait de plus en plus entre nos douze Sages.
«Vraiment, Rouyer a mal fait de s’absenter, disait Roger de Nantel; il vous aurait conté l’aventure survenue à un certain bonhomme de Montmartre, un de ses amis, un vieux rentier de soixante-dix-sept ans, qui sacrifiait encore à Vénus. Toutes les semaines il changeait de maîtresse, et à son âge ...
—J’te crois!
—Ça devait se ralentir.
—Il paraît que ça marchait encore, poursuivit Nantel. Tant il y a qu’un beau soir, une de ses infantes est morte subitement chez lui. Il a dû aviser le commissaire de police, qui est aussitôt venu faire son enquête, et à qui il n’a pu fournir aucun renseignement. «Je l’appelais Amandine, elle me répondait, et cela me suffisait.»—Si vous entendiez Rouyer débiter cela!—«Mais où habite-t-elle, monsieur? Son adresse? insistait le commissaire.—Je ne m’en préoccupais nullement; je l’avais rencontrée au café ... Je ne garde jamais une maîtresse plus de huit jours; celle-ci allait finir sa semaine, quand ce malheur est arrivé.—Tous les huit jours vous changez?...—J’ai beaucoup souffert par les femmes dans ma jeunesse, monsieur le commissaire; jusqu’à trente ans, elles n’ont cessé de me mentir et me tromper, me martyriser à qui mieux mieux ... J’ai même failli deux fois me jeter à l’eau, tant j’étais torturé et désespéré ... J’ai préféré me résoudre à ne plus m’attacher à aucune, à varier mes connaissances le plus possible ... Cela m’a paru moins dur. Je me suis toujours très bien trouvé de mon système jusqu’à ce soir ... Cette pauvre fille!—Alors vous ne savez rien à son sujet?—Rien du tout, monsieur le commissaire. Je ne les interroge jamais, ces jeunes personnes; je ne me permettrais pas ... Je ne leur demande rien de leur existence, rien de leur passé: à quoi bon?
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse!
C’est mon poète favori qui a écrit cela.»