—C’est bien le moins ...

—A Nantel! exclamèrent en chœur tous les Sages. A Nantel!

—A nos associées, messieurs! à elles seules!» riposta modestement M. le secrétaire-trésorier.

Et, pour se dérober à l’ovation dont il était l’objet, Roger de Nantel se leva de table et donna ainsi le signal du départ.


IV

Cette après-midi-là, vers les cinq heures, Séverin Veyssières, avant de rentrer chez lui, décida d’aller voir Katia Mordasz, avec qui, depuis quelque temps, il était en relation. Riche, par patrimoine, d’une demi-douzaine de mille livres de rente, qu’un récent héritage venait de doubler, Veyssières avait, peu après sa sortie de l’École normale, quitté l’Université pour le journalisme: il collaborait au Libéral, où il était chargé de la critique littéraire, et, en dehors de cette collaboration, il s’occupait de recherches philologiques et particulièrement d’études sur les langues slaves. Outre un recueil des Chants nationaux des peuples de l’Europe, il avait entrepris un vaste ouvrage sur les Légendes du Nord, les anciennes traditions polonaises, moscovites et finlandaises, et l’ardente révolutionnaire, la fameuse nihiliste Katia Mordasz, originaire de Smolensk, lui était d’un grand secours pour ce travail.

C’était à l’extrémité de la rue Vaneau, au fond d’une longue cour, bordée de hautes et vieilles bâtisses, toutes aménagées en logements d’ouvriers, que demeurait Katia. Elle avait découvert là, tout au bout de cette sorte de cité et au sommet, au cinquième, deux chambres qui prenaient jour sur des jardins, et d’où l’on jouissait d’une vue très étendue et non moins attrayante. A dire vrai, c’était là le seul agrément de ce chétif logis, de ces deux pièces, que précédaient une cuisine et une entrée, presque obscures l’une et l’autre, n’ayant que l’incertaine et triste clarté d’une lucarne dormante donnant sur le palier de l’escalier.

Comme il approchait de cette maison, Veyssières remarqua un attroupement le long du trottoir et au milieu de la chaussée. En même temps, des éclats de rire, des clameurs d’enfants arrivaient à ses oreilles.