—Vous-même. J'ai dû avant-hier pénétrer chez elle. Le concierge était venu m'informer qu'on la croyait morte dans sa chambre, qu'une odeur de plus en plus fétide emplissait l'escalier, se répandait dans toute la maison. J'ai fait ouvrir sa porte,—une porte de mansarde, de soupente… un taudis sans nom… Elle gisait, à demi décomposée déjà, sur la paillasse et les hardes qui lui servaient de lit. Il a fallu enlever le corps immédiatement. Eh bien, monsieur, sous ces hardes, dans ce tas de guenilles où couchait la mère Tabourin, j'ai découvert des valeurs, des billets de banque, une fortune… Cent douze mille trois cents francs, monsieur!
—Cent douze mille… Et c'est à moi qu'elle lègue…?
—A vous, oui, monsieur. Son testament, rédigé sur une demi-feuille de papier à lettres, mais en bonne et due forme, était soigneusement placé derrière un crucifix pendu au mur. Elle y déclare que, n'ayant plus ni parents, ni alliés, personne au monde, elle nomme héritier de tout ce qu'elle possède M. Chantenay fils, demeurant rue Notre-Dame-des-Champs, nº 37, qui a toujours été très bon pour elle…
—Pauvre vieille!
—…Qui lui faisait l'aumône chaque jour, malgré la méfiance et la terreur que lui inspirent les mendiants des rues…
—C'est vrai!
—«Mais je lui disais bien que ça lui porterait bonheur!» Ce testament, du reste, est actuellement entre les mains de Me Hurteau de la Hurteaudière, notaire, boulevard du Palais, qui est chargé de vous le remettre et qui vous attend.
* * * * *
Un mois plus tard, Maurice Chantenay était l'époux de Renée Baudelot. Le mariage avait été pompeusement et magnifiquement célébré à Saint-Aubin:—le grand-père Baudelot n'entendait pas être accusé de faire chichement les choses, lui qui donnait cent mille francs de dot à sa petite-fille, cent mille francs comptants, là, recta, rubis sur l'ongle!
La première visite des jeunes époux, en arrivant à Paris, fut, on le devine, pour la tombe de la mère Tabourin. Pas de couronnes trop grandes, pas de bouquets trop beaux pour elle. Ils lui ont acheté une concession à perpétuité, et l'ex-guenilleuse pauvresse de la rue de Varenne repose, comme une opulente douairière défunte, dans un caveau particulier, sous une dalle de marbre blanc surmontée d'une croix sculptée…