LE PÈRE GALMICHE
A Paul Sébillot.
Avec Isidore Brigodin, le père Galmiche était, il y a quelque dix ans, un des plus célèbres ivrognes et des plus fieffés malandrins de la ville de Reims.
Ancien ouvrier trieur de laine, renvoyé de tous les triages à cause de sa fainéantise et de son incurable soif, il était tombé peu à peu dans la plus noire débine, au rang d'abord des vagabonds, mendiants et crève-la-faim, puis des maraudeurs, chapardeurs, flibustiers et coupe-bourses, dont s'agrémente toute grande cité.
Mais ni l'inclémence des temps, ni les duretés du sort et les sévérités des hommes n'avaient pu altérer la bonne humeur du père Galmiche.
Il avait particulièrement le vin gai. Lorsqu'il était «bu», les idées drôlichonnes et falottes germaient en foule dans sa cervelle, les ripostes narquoises, facétieuses et gouailleuses, cocasses et déconcertantes affluaient sur ses lèvres et partaient en fusées.
* * * * *
—Combien de condamnations avez-vous attrapées, Galmiche, depuis que vous ne travaillez plus? lui demandait un jour un de ses anciens patrons.
—Oh! si vous croyez que je m'amuse à compter ça!
—Enfin, vous ne sortez plus de la prison, autant dire! C'est votre château! Vous avez dû faire là de jolies connaissances!