CHRISTINE DE PISAN (1363?-1431?), toute jeune, lisait déjà Virgile et Cicéron dans leur texte. Elle était venue en France à l'âge de cinq ans, amenée par son père, Thomas de Pisan, conseiller de la république vénitienne, appelé à la cour de Charles V, en qualité de conseiller ou d'astrologue du roi. Elle reçut une brillante éducation et étudia surtout l'antiquité. A quinze ans, elle épouse un gentilhomme picard, Etienne du Castel, qui la laisse veuve à vingt-cinq ans avec trois enfants. Après s'être adonnée à l'étude par goût et par plaisir, elle s'y livre alors par nécessité; elle a recours à sa plume pour gagner sa vie et celle de ses enfants. Elle écrivit quantité d'ouvrages, dont une chronique du règne de Charles V, le Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V, qui a été réimprimée dans la Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France de Petitot et Monmerqué et dans celle de Michaud et Poujoulat, et est encore souvent consultée[ [44].

Christine de Pisan s'était retirée dans un monastère, et elle y vivait depuis vingt ans, raconte-t-on, lorsqu'elle entendit parler de Jeanne d'Arc; «elle sortit de son silence pour faire, en l'honneur de la Vierge du triomphe, des vers qui furent sa dernière œuvre et couronnèrent dignement sa vie[ [45]».

La duchesse MARIE DE BERRY (....-1434), fille d'un frère de Charles V, apporta à son époux, le duc de Bourbon Jean Ier, «quarante et un des plus beaux manuscrits que son père avait réunis dans son château de Mehun-sur-Yèvre. Ces livres lui furent comptés pour une somme de 2500 livres tournois dans la succession de celui-ci. Les autres furent malheureusement dispersés par les créanciers de ce prince[ [46]...» Cet amour des livres, la duchesse Marie le transmit à son fils et à son petit-fils, les ducs Charles Ier et Jean II, qui furent l'un et l'autre de grands bibliophiles.

La femme de l'infortuné Charles VI, ISABEAU DE BAVIÈRE (1371-1435), jugea convenable, malgré ses scandaleux débordements, de placer un exemplaire de la Somme des vices et des vertus «en l'église des Innocens à Paris, afin que ceste matière fust sceue comme souveraine de tous ceulx qui là le vouldroient lire». En 1398, fut faite pour elle une traduction de la Passion, dont il y a trois exemplaires[ [47]. Nous voyons aussi que la reine Isabeau ne se séparait point de ses livres en voyage, ses comptes ou «factures» l'attestent à plusieurs reprises: «...Articles vendus par Pierre du Fou (1387), coffretier et huchier,... un coffre de bois garni de cuir pour porter en chariot les livres et romans de la Royne[ [48]...»

YOLANDE DE FRANCE (1434-1478), fille de Charles VII, sœur de Louis XI, femme d'Amédée IX, duc de Savoie, enlevée par Charles le Téméraire après la défaite de Morat, aimait passionnément les livres, les arts et le luxe. Tout comme aujourd'hui nos grandes élégantes de Londres et de Berlin, «elle faisait venir ses robes de Paris», et elle avait en quelque sorte à ses gages un orfèvre et un enlumineur de missels. Les livres de sa bibliothèque, contenus dans trois coffres qui la suivaient partout, sont dignes d'une âme qui ne craignait pas «de se blesser aux épines de la vie pour leur dérober une fleur», comme disait si joliment le rimeur Marquet. On voyait, dans cette bibliothèque, les Épîtres de Sénèque, les Tusculanes de Cicéron, Valère-Maxime, Dante, saint Bernard, le Vieil Digeste, la Consolation de Boèce, les Chroniques de Savoie, le livre de la Belle Hélène, les Cent Nouvelles en toscan, quatre Bibles, et quantité de missels à miniatures[ [49].

ANNE DE FRANCE (1462-1522), fille de Louis XI, mariée à Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, avait fait «de très belles nourritures (études, éducation), nous dit Brantôme[ [50], et n'y a guères eu dames et filles de grande maison de son temps qui n'aient appris leçon d'elle, estant alors la maison de Bourbon l'une des grandes et splendides de la chrestienté».

C'est à Anne de France[ [51], qu'on attribue cette galante et fameuse comparaison. Une de ses demoiselles d'honneur s'étant laissé séduire, ayant fait «la folie aux garçons», Anne lui reprocha sa faute et lui demanda pourquoi elle avait ainsi manqué à ses devoirs. La jeune fille lui ayant répondu «que l'autre lui avait fait par force», Anne lui fit la comparaison d'«une espée desgaisnée, qui ne se peut jamais engaisner si le fourreau se remue deçà et delà, et ne demeure ferme; ainsi est-il d'une femme en cela, et lui en fit monstrer l'expérience de l'espée devant elle et toutes les dames et filles[ [52]», de façon à leur donner à toutes une leçon.

PHILIPPE DE GHELDRES ou PHILIPPINE DE GUELDRE (1463-1547), fille d'Adolphe d'Egmont, duc de Gheldres ou Gueldre, et de Catherine de Bourbon; duchesse de Lorraine par son mariage avec le duc René II, devenue veuve en 1508, s'enferma, quelques années plus tard, au couvent de Sainte-Claire de Pont-à-Mousson, où elle vécut dans la plus austère retraite.

Elle avait réuni une bibliothèque ascétique, qui, après sa mort, fut conservée par les sœurs de Sainte-Claire, et ne fut dispersée qu'à la Révolution[ [53].

ANNE DE BRETAGNE (1477-1514), femme de Charles VIII, puis de Louis XII, rois de France.