On l'a dite aussi amie des livres.
MADAME ÉLISABETH, Philippine-Marie-Hélène de France, sœur de Louis XVI (1764-1794).
Sa bibliothèque était «la plus considérable après celle de la reine» (Marie-Antoinette).
Madame Élisabeth, qui périt sur l'échafaud, après son frère, «vécut retirée, fuyant les plaisirs, s'appliquant avec ardeur à l'étude des mathématiques»: elle composa même une table de logarithmes très ingénieuse, admirée par le savant Lalande[ [419].
«Madame Élisabeth, écrit de son côté Eugène Asse[ [420], avait reçu une éducation sévère, sous la surveillance de la comtesse de Marsan, gouvernante des Enfants de France, et surtout de la baronne de Mackau, sous-gouvernante. C'est à leurs soins patients que fut due la transformation qui eut lieu dans le caractère de la jeune princesse, née emportée et violente: ce fut une répétition de ce qu'autrefois Fénelon avait fait pour le duc de Bourgogne... Toutefois il est juste de dire, en ce qui concerne Madame Élisabeth, que si l'éducation en fit la plus vertueuse des princesses, elle laissa subsister en elle une énergie qu'on aurait souhaitée à son frère.
«Elle reçut de Guillaume Le Blond des leçons d'histoire et de géographie, suivit même assidûment les cours de physique de l'abbé Nollet. Le docteur Le Monnier, médecin des Enfants de France, et le docteur Dassy lui apprirent la botanique, dans les longues excursions qu'ils faisaient avec elle dans la forêt de Fontainebleau, pendant les séjours de la cour dans cette résidence royale. La fille de la célèbre Mme Geoffrin, la marquise de la Ferté-Imbault, lui avait donné un goût très vif pour Plutarque, en composant pour elle une analyse des Vies des hommes illustres.
«Devenue, à quatorze ans (1778), maîtresse de ses actions, elle s'était arrangé dans sa maison de Montreuil, près de Versailles, une vie toute d'étude et de charité pratique.
«Elle a, pour secrétaire ordinaire et de cabinet, Chamfort l'académicien; pour page, ce jeune Adalbert de Chamisso de Boncourt, que l'émigration jettera en Allemagne, et qui écrira plus tard le roman de Pierre Schlemihl (1814).
«Madame Élisabeth aima les livres. Ceux de sa bibliothèque étaient élégamment reliés, timbrés d'un écusson en losange[ [421] aux armes de France, surmonté d'une couronne ducale. La Bibliothèque de l'Arsenal en possède un, l'Office de Saint-Symphorien, qui rappelle les habitudes pieuses de la jeune princesse, et qui a dû l'accompagner bien souvent dans ses visites à sa paroisse. Cette église de Saint-Symphorien était celle de Montreuil: église très simple, assez laide, au style de temple grec, surmontée d'une sorte de pigeonnier carré, où sonnait une unique cloche, dont Madame Élisabeth avait été la marraine. Comme la maison de Montreuil n'avait pas de chapelle, la princesse s'y rendait à pied par les ruelles, souvent «par une crotte indigne», car l'accès en était difficile aux carrosses.»
C'est à propos de cette église que Madame Élisabeth écrivait à Mme de Raigecourt, un lundi de Pâques: