«Surnommée Marie-Antoinette, à cause de la ressemblance frappante de son profil avec celui de cette reine»[ [539], Anna Deslions, qui mourut jeune, dans une misère complète, eut, en 1869, un procès avec le grand libraire Fontaine, du passage des Panoramas, à propos d'achats de livres montant à la somme de 10.000 francs, qu'elle hésitait ou se refusait à payer. Nous relevons, parmi ces précieux volumes: un livre d'heures de 1000 francs, une Bible de 600 francs, une Imitation de Jésus-Christ de 600 francs, etc., qui firent dire à la galerie que Mlle Deslions sacrifiait d'une main à Dieu et de l'autre au démon[ [540].
Une autre galante dame du XIXe siècle, ESTHER GUIMONT (....-1879), surnommée le Lion, et que ce surnom ne doit pas faire confondre avec la précédente, a possédé aussi une bibliothèque, «mais bien maigre, sans aucun luxe d'éditions ni de reliures, nous apprend Joseph d'Arçay[ [541], et dans laquelle on est assez étonné de trouver les Classiques latins de Panckoucke, à côté des Questions de mon temps d'Émile de Girardin, et des Nouvelles à la main de Roqueplan [deux de ses intimes amis], dont la présence s'y explique mieux».
C'est Esther Guimont qui disait: «Conçoit-on ce Girardin? J'ai huit cents lettres de lui, toutes compromettantes, et il ne veut pas me les racheter![ [542].»
Il est fait mention, dans le Journal des Goncourt[ [543], de Mme DE POIX (XIXe siècle), mère du prince de Poix, «qui était une bibliophile passionnée». Le prince de Poix et sa mère possédaient une collection «qui fut brûlée, lors de l'incendie du Pantechnicon à Londres. Avec les livres, il y avait aussi quelques tableaux, quelques porcelaines, et il arriva cela de bizarre, qu'il n'y eut qu'une tasse de Sèvres qui resta intacte, mais dont le bleu de roi fut changé en le plus beau noir du monde: tasse qui fut offerte au Musée de Sèvres, comme témoignage de la solidité de la porcelaine.»
On cite encore, au nombre des dames bibliophiles de notre temps:
- Mme BENJAMIN-DELESSERT[ [544];
- Mlle DOSNE, belle-sœur de M. Thiers[ [545];
- La DUCHESSE DE MOUCHY[ [546];
- La VICOMTESSE DE NOAILLES[ [547];
- La DUCHESSE DE RAGUSE[ [548];
- La COMTESSE Cl.-CASALGRASSO SOLAR[ [549];
- La MARQUISE MARIANA-FLORENZI WADDINGTON[ [550];
Mme JULIETTE ADAM, qui figure, avec Mme JULIA BARTET, de la Comédie-Française, sur la liste des sociétaires du «Livre contemporain».
Mme RENÉE PINGRENON s'est beaucoup occupée de la fabrication du livre, du livre illustré notamment; elle a fait, il y a quelque dix ans, des conférences sur ce sujet, et a publié de nombreux articles sur les livres et «la vénération» qu'on leur doit[ [551].
Mais il est une femme qui a droit à une mention toute spéciale et à une place tout à fait à part dans cette galerie, c'est Mlle MARIE PELLECHET (1840-1900), qui a dressé le Catalogue général des incunables des bibliothèques de France[ [552], et à qui ses longues et laborieuses recherches, ses importants et admirables travaux bibliographiques, ont valu le titre officiel, qu'aucune femme n'avait reçu avant elle, de bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque nationale.