Devenu vieux, dans son chalet de Passy, Lamartine avait parfois de telles amnésies qu’entendant un jour un de ses amis lui lire la mort de Laurence, dans Jocelyn, il eut des larmes d’émotion et demanda: «De qui sont ces beaux vers?» (Mémorial de la librairie française, 3 avril 1913, p. 211.)

Ce qui est tout le contraire de La Fontaine demandant, lors de la première représentation de sa comédie Le Florentin: «Quel est donc le malotru qui a commis cette rapsodie?» (Cf. ci-dessus, [p. 49]).

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Alfred de Vigny (1797-1863), tout comme Jacques Delille, cultive parfois volontiers la périphrase. Dans son poème Dolorida (Poésies complètes, p. 107; Charpentier, 1882), il nous parle de la chemise de son héroïne en ces termes, qu’on pourrait rapprocher de ceux de Racine, dans Britannicus (II, 2: «dans le simple appareil d’une beauté,» etc.):

Dolorida n’a plus que ce voile incertain,

Le premier que revêt le pudique matin,

Et le dernier rempart que, dans sa nuit folâtre,

L’Amour ose enlever d’une main idolâtre.

Et plus loin (Le Bal, p. 156), à propos d’un piano:

Sur l’instrument mobile, harmonieux ivoire,