A raviver du peu qu’il faut ici d’émoi
Toute notre native amitié monotone.
(Textuellement reproduit d’après La République française du 13 septembre 1898; — voir aussi la Revue encyclopédique, 1896, p. 189.)
«Le Danois enchanté, continue M. Adolphe Brisson, emporta ce chef-d’œuvre et commença à s’en repaître. Mais il crut y découvrir des obscurités qu’il attribua, avec modestie, à la connaissance insuffisante qu’il avait de notre langue. Pour dissiper ces doutes, il le copia et le communiqua à trois aèdes de la nouvelle école, imitateurs et disciples de Stéphane Mallarmé, en priant chacun d’eux de lui faire une glose du sonnet et de lui en indiquer la signification précise.
«Jugez de mon étonnement! raconta-t-il à M. Adolphe Brisson. J’obtins trois traductions différentes, parmi lesquelles il me fut impossible de fixer mon choix. J’aurais dû m’adresser à Mallarmé en personne, au lieu de m’adresser à ses élèves. Mais je n’osai pas risquer une démarche qu’il eût sans doute jugée indiscrète.»
Autre singularité et excentricité de Stéphane Mallarmé. Il rédigeait en vers les adresses de certaines de ses lettres, — et quels vers! Au lieu, par exemple, d’écrire sur l’enveloppe, comme chacun de nous aurait fait: «Monsieur Henri de Régnier, rue Boccador, 6, Paris,» il recourait à son luth et en tirait ce quatrain qui servait de suscription à la missive, et devait diantrement déconcerter le facteur de la poste:
Adieu l’orme et le châtaignier!
Malgré ce que leur cime a d’or,
S’en revient Henri de Régnier
Rue, au 6 même, Boccador.