«Toute la suite du prince Napoléon à Constantinople vient d’être décorée par le sultan. — Comment! pas un n’a échappé au désastre?» (Page 238.)

«... Cette belle machine administrative que l’Europe nous envie. (Avez-vous remarqué que l’Europe nous envie énormément de choses, mais qu’elle ne nous prend jamais rien?)» (Page 274.)

«... La cour des Tuileries, ainsi nommée parce que c’est de là que nous arrivent les tuiles.» (Page 286.)

«Les décorés du 15 août devraient être obligés d’aller chercher eux-mêmes la croix en haut du mât de Cocagne de l’esplanade des Invalides. Nous serions sûrs au moins qu’ils auraient fait quelque chose pour l’avoir.» (Page 349.)

Etc., etc.

Peu d’ouvrages ont autant vieilli que La Lanterne; la plupart des allusions qu’elle renferme sont devenues obscures pour nous, et quantité de ses plaisanteries ont perdu leur sel. «Quand on feuillette aujourd’hui la collection de La Lanterne (et c’est de quoi peu de gens s’avisent), on se rend difficilement compte de l’immense succès obtenu par ce pamphlet, écrit le sagace critique Jules Levallois (De la Restauration à nos jours, p. 380). Ni Paul-Louis Courier, ni Cormenin, dans leurs meilleurs jours, n’ont ému à ce point l’opinion publique. De ces pages sarcastiques, que l’on s’arrachait alors si avidement, quelques-unes, les premières surtout, subsistent seulement. Ce qui fit la vogue de ce pamphlet, lorsqu’il parut, c’était un indomptable esprit de révolte, mêlé à ce qu’il faut bien appeler de son nom vulgaire, la blague

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On peut dire d’Ernest Legouvé (1807-1903) ce qu’on a dit de Jules Janin, dont nous parlerons plus loin, qu’il a eu la passion de l’inexactitude. Il ne peut en quelque sorte citer un seul vers sans le tronquer, et, dans son Art de la lecture comme dans sa Lecture en action, il en cite presque à chaque page.

Même les vers de Corneille, de Racine, de La Fontaine, de Molière, les plus répandus et les plus ressassés, il les estropie. Il s’imaginait sans doute les posséder ad unguem, et ne prenait pas la peine de les vérifier lors de l’impression.

Corneille écrit dans Cinna (V, 1):