Alphonse Karr, dans ses Guêpes (juin 1841, t. II, p. 307), parle d’une affiche théâtrale annonçant une représentation prochaine et portant, faute de musiciens, cet avertissement: «Un dialogue vif et spirituel remplacera la musique, qui nuit à l’action».

Il y eut un soir, dans je ne sais quelle bourgade de Bretagne ou d’ailleurs, un commencement d’incendie au théâtre, où l’on venait de jouer un bon vieux drame, qui se terminait par un bombardement. Le lendemain, l’imprésario n’eut rien de plus pressé que de faire afficher cet avis:

«Désormais, afin d’éviter tout accident, le bombardement se fera à l’arme blanche.» (Cf. Alphonse Lafitte, le journal Le Corsaire, 27 mai 1876.)

Dans une autre petite ville, une troupe de comédiens ambulants venait de jouer Le Misanthrope. L’acteur qui avait rempli le rôle d’Alceste, et qui l’avait joué de moitié avec le souffleur, s’avance sur la scène, après la représentation, s’incline et dit:

«Mesdames et Messieurs, nous aurons l’honneur de vous donner, demain soir, et pour notre clôture définitive, une pièce de Sedaine, Le Philosophe sans le savoir...

— Non pas! non pas! interrompt le maire, qui se trouvait justement dans la salle. Vous venez de jouer Le Misanthrope sans le savoir, et vous saurez demain, s’il vous plaît, Le Philosophe pour le jouer.» (Cf. ID, ibid., 31 mai 1876.)

Sous la Révolution, le citoyen et imprésario Léger ayant fait afficher, dans une ville de province, qu’il donnerait prochainement en représentation Amphitryon, comédie en vers libres de Molière, la municipalité de l’endroit, sur le seul vu de l’affiche, et soucieuse de la bienséance, interdit la représentation. (Cf. Henri Welschinger, Les Almanachs de la Révolution, p. 171.)

L’anecdote suivante, que je rencontre encore dans ce dernier ouvrage (p. 35), bien qu’en dehors de mon sujet, me semble assez intéressante pour être glissée ici. Dans la ville de Beaune, l’épouse du maire ayant accouché le jour même où son mari était «élevé à la mairie», un bel esprit beaunois salua ce double événement par ce joyeux distique:

Notre choix l’a fait maire, et l’amour le fait père;

Quel triomphe pour nous de le voir père et maire!