«Mais attends, dit-il à Baron; M. Corneille doit venir dîner avec nous aujourd’hui, tu lui en demanderas l’explication.»
Dès que Corneille arrive, le jeune Baron lui saute au cou, selon son habitude, car il l’aimait beaucoup, et lui soumet ensuite les quatre vers dont le sens lui échappait.
Corneille les examine durant quelques instants, puis:
«Ma foi, dit-il, j’avoue que je ne les entends pas trop bien non plus; mais récite-les tout de même: tel qui ne les entendra pas les admirera.» (Cf. le Musée des familles, 1er août 1897; et Edmond Guérard, ouvrage cité, t. I, p. 504.)[18]
De même Klopstock, dans sa vieillesse, ne comprenait plus bien tous les vers de sa Messiade:
«Il faut que je commence un chant pour le comprendre, déclarait-il un jour. Si je le prends dans le courant, je ne retrouve plus le sens, et je suis obligé de remonter, pour ressaisir mon idée.» (Cf. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, t. II, p. 182, note 1.)
Et n’a-t-on pas attribué à Victor Hugo cette plaisante réponse:
«Lorsque j’ai écrit ces vers, il n’y avait que Dieu et moi pour les comprendre. Aujourd’hui, il n’y a plus que Dieu.» (Cf. Émile Deschanel, Le Romantisme des classiques, t. I, p. 226).
Ce beau vers qu’on lit dans Tite et Bérénice (V, 1):
Chaque instant de la vie est un pas vers la mort,