[10] «A Rome, il n’y avait pas que les esclaves qui fissent le métier de gladiateurs. Construction barbare, bien que fort usitée aujourd’hui. On n’en trouverait pas un seul exemple dans toute la littérature française avant la fin du dix-huitième siècle, dit Émile Deschanel... Grammaticalement, cette construction signifie précisément le contraire de ce qu’on veut lui faire dire quand on l’emploie aujourd’hui... Voici d’où vient la confusion: certains s’imaginent que cette tournure il n’y a pas que est l’opposé de il n’y a que; tandis qu’au fond, soit grammaticalement, soit logiquement, ces deux tournures ne sont qu’une... En effet, en ajoutant simplement le mot pas à la tournure il n’y a que, on croit ajouter une seconde négation à la première, ce qui serait nécessaire pour que l’une des tournures signifiât le contraire de l’autre; mais, en réalité, on n’y ajoute rien du tout, si ce n’est le mot pas, mot purement explétif, qui, soit qu’on le mette, soit qu’on l’omette, fait virtuellement partie de la première négation, et ne saurait, à lui tout seul, en constituer une seconde... Ne tout seul, ou, à volonté, ne pas n’est qu’une seule et même négation... (Émile Deschanel, Journal des Débats, 23 août 1860, dans Littré, art. Que, Remarque 1.) En place de la construction vicieuse: Il n’y a pas que lui qui ait fait cela, ajoute Littré (Ibid.), on dira: Il n’y a pas seulement lui qui a fait cela, ou mieux: Il n’est pas le seul qui ait fait cela. Je n’ai pas vu que lui; dites: Il n’est pas le seul que j’aie vu.» «Ce solécisme est de nos jours très répandu, dit de son côté Émile Faguet (Revue encyclopédique, 1897, p. 965). On s’imagine qu’il n’y a pas que est le contraire d’il n’y a que; c’est absurde: pas n’étant qu’un mot de renforcement, il n’y a que et il n’y a pas que signifient absolument la même chose.»
[11] «Soi-disant ne se dit jamais des choses. C’est une grosse faute que de dire: accorder de soi-disant faveurs; s’étayer de soi-disant titres.» (Littré.) Cette faute, Sainte-Beuve la commet fréquemment: «Des idées soi-disant nouvelles.» (Portraits littéraires, t. I, p. 51; nouvelle édit; Garnier, s. d.) «Style soi-disant gaulois.» (Portraits contemporains, t. III, p. 228; C. Lévy, 1882.) «La soi-disant bienséance sociale.» (Nouveaux Lundis, t. I, p. 278; C. Lévy, 1885.) Etc.
[12] «Sous le rapport de est une locution qui est devenue très commune. Elle est fort lourde et n’est pas exacte en soi. Une chose est en rapport avec une autre, est dans un certain rapport, a rapport avec; mais elle n’est pas sous un rapport; si elle était sous un rapport ou sur un rapport, elle serait en dehors du rapport; et, au fond, en s’en servant, on s’exprime inexactement. Elle ne paraît donc pas bonne à employer, et ceux qui écrivent avec pureté doivent l’éviter.» (Littré.)
[13] «Style figuré par les expressions métaphoriques qui figurent les choses dont on parle, et qui les défigurent quand les métaphores ne sont pas justes.» (Voltaire, Dictionnaire philosophique, Œuvres complètes, t. I, p. 390.)
Les Orientaux ont toujours affectionné le style «figuré»: «Le jour est sur ton visage et la nuit dans tes cheveux», écrit un Arabe à sa maîtresse, qui avait le teint blanc et les cheveux noirs. (Voltaire, Articles de journaux, IX, Œuvres complètes, t. IV, p. 626.) «Lorsque la flèche des arrêts divins est lancée par l’arc du destin, elle ne peut plus être repoussée par le bouclier de la précaution.» (Proverbe oriental, cité par Alexandre Dumas et Dr Félix Maynard, Impressions de voyage, De Paris à Sébastopol, p. 175.)
[14] Il s’agit très probablement de Balthazar Gracian (1584-1658), jésuite espagnol, «qui fut en prose ce que Gongora avait été en vers». (Larousse).
[15] Et Alexandre Dumas (Mémoires, t. VII, p. 8): «Je ne demande qu’une chose, c’est, si Dieu m’appelle à régner sur la France...»
[16] Le Siège de Paris, tragédie en cinq actes, par M. le vicomte d’Arlincourt, représentée pour la première fois sur le Théâtre-Français le 8 avril 1826 (Paris, Leroux et Constant Chantepie, 1826).
[17] Ajoutons, en note tout au moins, qu’un autre abbé, l’abbé Gaspard Abeille (1648-1718), fut victime d’une mésaventure analogue, et aussi sujette à caution d’ailleurs que celle de son confrère Pellegrin. Lors de la première représentation d’une des tragédies de l’abbé Abeille, l’actrice qui faisait le rôle d’une princesse et, au début, prononçait cet alexandrin:
Vous souvient-il, ma sœur, du feu roi notre père?