«Ce village est situé au centre du triangle obtus que forment les trois villes de Dijon, Châtillon-sur-Seine et Langres», écrit le romancier Émile Richebourg (La Petite Mionne, t. I, p. 3), oubliant que, s’il y a des angles obtus, il n’existe pas de triangles ainsi qualifiés.

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Fautes commises par ignorance:

«Ce vieillard impotent et ingambe ne quittait plus son fauteuil.» Comme si ingambe signifiait sans jambes (in privatif).

«... La guérison merveilleuse d’un officier de marine, ingambe depuis neuf mois, guéri après quatorze jours de traitement.» (Le Journal, 21 septembre 1910.)

Compendieusement (compendium, abrégé) «exprime si bien le contraire de ce qu’il signifie, que bien des gens y sont pris et lui donnent le sens de longuement», a remarqué Géruzez (dans Littré, art. Compendieusement).

Un exemple entre mille: «... Il se livre longuement et compendieusement à la composition des...» (Goncourt, Journal, année 1862, t. II, p. 58.)

L’adjectif valétudinaire (qui est souvent malade, de valetudo, santé, mauvaise santé) a été, nous conte Tallemant des Réaux, rattaché au mot valet et pris dans une singulière acception: «Mme de Rohan estoit fort jolie... née à l’amour plus que personne du monde... Pour des valets, elle a toujours dit en riant qu’elle n’estoit point valétudinaire (on appelle valétudinaires celles qui se donnent à des valets)...» (Tallemant des Réaux, Les Historiettes, Mmes de Rohan, t. III, p. 77-78; Techener, 1862.)

Vêtissait pour vêtait, imparfait de l’indicatif de vêtir, est une faute qu’on rencontre fréquemment, même chez des écrivains de premier ordre et connaissant admirablement leur langue, comme Paul-Louis Courier: «Elle prenait sa robe et se la vêtissait.» (Pastorales de Longus, ou Daphnis et Chloé, livre I, p. 361; Œuvres; Didot, 1865; in-18.)

Jean-Jacques Rousseau, qui écrit inventaire pour éventaire: «Une petite qui avait sur son inventaire une douzaine de pommes» (Cf. Littré, art. Éventaire), emploie un même mot dans une même phrase à la fois comme adjectif et comme substantif: «Je suis toujours malade et chagrin; on dit que la philosophie guérit ce dernier.» (Lettre à Mme d’Épinay, août 1757; Œuvres complètes, t. VII, p. 75; Hachette, 1864.) A la maréchale de Luxembourg, il écrit: «Je vois avec peine, madame la maréchale, combien vous vous en donnez pour réparer mes fautes.» (Lettre du lundi 10 août 1761, p. 175.) Ce qui rappelle le jeu de mot de Lope de Vega, à propos d’un aveugle ivrogne: «Il n’y voit goutte, quoiqu’il la prenne à chaque instant.» (Dans Émile Deschanel, Le Romantisme des Classiques, t. V, Boileau, p. 145, note 1.)