«Ce procédé peut être également employé pour faire disparaître les taches de cire à cacheter, bien que celles-ci rentrent plus particulièrement dans la classe des taches maigres[604].»
Les taches de cire s'enlèvent aussi «en trempant le papier dans de la benzine ou de la térébenthine; après quoi, on couvre l'imprimé de papier brouillard plié et l'on repasse avec un fer chaud[605]».
De même, les taches de bougie peuvent s'enlever par un procédé plus expéditif que le précédent: après avoir, à l'aide d'un grattoir, aminci la tache le plus possible, il suffit de traiter la partie restante par de légères lotions d'alcool à 90°. L'acide stéarique étant soluble dans l'alcool, le procédé réussit très bien[606].
Si les taches d'huile étaient rebelles à la recette indiquée ci-dessus, on pourrait recourir à la suivante. «On forme une bouillie pas trop épaisse composée de: 500 grammes de savon, 300 grammes d'argile, 60 grammes de chaux vive, et d'eau en quantité suffisante; on étend une petite couche de cette bouillie sur la tache, et on l'y laisse pendant un quart d'heure environ. On trempe ensuite la feuille dans un bain d'eau chaude, puis on la retire et on la fait sécher lentement[607].»
Les feuillets tout récemment tachés d'huile et encore humides de cette huile, adhérant encore entre eux, doivent, d'après Antony Méray, qui nous raconte comment il a expérimenté ce procédé[608], être trempés, préalablement décousus, dans une dissolution de potasse caustique, qui commence à s'emparer de la matière grasse. «Cette opération avait aminci et rendu savonneux le papier, qui conservait une couleur rance[609] très désagréable. Un bain d'eau de Javel mêlée d'un quart d'eau ordinaire le débarrassa entièrement de cette vilaine trace. Restait à enlever le chlore introduit par l'eau de Javel: une dissolution de sulfite de soude réussit à chasser cet actif destructeur.»
Les taches dues à l'attouchement des doigts sont quelquefois assez tenaces. Pour les combattre, on use du procédé que nous avons vu appliquer il y a un instant aux taches de boue, on étend sur elles «une couche de savon blanc en gelée, et on l'y laisse pendant quelques heures. On enlève ensuite le savon avec une éponge fine trempée dans l'eau chaude, et toute la crasse disparaît le plus souvent en même temps. Si ce traitement ne suffisait pas, on pourrait remplacer le savon en gelée par du savon noir; mais il faudrait avoir soin de le laisser peu de temps sur le noir d'impression, qui pourrait se décomposer et couler, ce qui produirait plus de mal que de bien[610].»
Les taches produites par l'encre d'imprimerie sont fréquentes et difficiles à enlever. Pour les faire disparaître, on peut essayer de la mie de pain roulée en boulettes, et en frotter les endroits salis. «Il est rare cependant, ajoute M. Jules Cousin[611], qu'on arrive à un résultat complètement satisfaisant, surtout si le maculage est assez fort. Aussi nous répétons ici le conseil que nous avons déjà donné[612]: qu'on prenne la précaution de ne jamais faire relier de livres trop fraîchement imprimés; du moins, si l'on est quelquefois obligé de le faire, il faut recommander au relieur d'interfolier les cahiers avec du papier serpent[613] avant le battage, pour éviter que l'encre d'imprimerie ne se décharge des pages l'une sur l'autre.»
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Outre la poussière et les insectes, l'eau ou l'humidité, l'encre, la bougie, l'huile et la graisse, les livres ont de nombreux ennemis, tels que les souris, les rats et les chats, le feu, le soleil et le gaz, les épiciers et les marchands de tabac, les collectionneurs de gravures et frontispices, les relieurs, les emprunteurs, et, au dire de plusieurs bibliographes peu galants, les femmes, les femmes surtout et avant tout.
«Les souris, écrit Alkan aîné[614], ne s'attaquent guère qu'aux volumes séparés, d'un papier doux, tendre, et capable de les aider à faire leurs nids. Il n'y a donc aucun danger pour les volumes en rayons.