«J'ai prêté, il y a quelques mois, ce livre à un homme qui l'avait vu sur ma table, et me l'avait demandé instament (sic). Il vient de me le rendre en me faisant mille excuses. Je suis certain qu'il ne l'a pas lu. Le seul usage qu'il en ait fait a été d'y renverser son écritoire, peut-être pour me montrer que lui aussi il sait commenter et couvrir les marges d'encre. Que le bon Dieu lui pardone (sic) et lui ôte à jamais l'envie de me demander des livres[108]!»
C'est le cas de rappeler le «mirlitonesque»[109] distique dont Charles Nodier, Guilbert de Pixérécourt, d'autres encore, se disputent la paternité[110]:
Tel est le triste sort de tout livre prêté,
Souvent il est perdu, toujours il est gâté;
et le fameux sixain de Guillaume Colletet, que, par une singulière erreur, provenant sans doute et uniquement de l'assonance, on attribue fréquemment à Condorcet[111]:
Chères délices de mon âme,
Gardez-vous bien de me quitter,
Quoiqu'on vienne vous emprunter!
Chacun de vous m'est une femme,
Qui peut se laisser voir sans blâme