L'in-folio et l'in-4 étaient, sauf exceptions, les formats des premiers livres, des incunables[189], et, malgré les admirables petits in-8 d'Alde Manuce et de Sébastien Gryphe, les savants du XVIe siècle tenaient en mépris tous les volumes qui n'avaient pas les plus grandes dimensions[190]. On jugeait alors en quelque sorte de la valeur d'un ouvrage d'après son ampleur et sa taille.
Scaliger, au dire du passionné érudit Adrien Baillet (1649-1706), «raille Drusius pour la petitesse de ses livres; et J. Morel, l'un des plus grands imprimeurs de son temps, se plaignait au savant Puteanus, rival de Juste Lipse, que ses livres étaient trop petits pour la vente, et que les chalands n'en voulaient pas[191]».
Les livres de format inférieur à l'in-4, les in-8 ou in-12, étaient surtout alors des livres de piété, des «livres d'heures».
Il est juste cependant de reconnaître que l'in-8, dont l'origine est généralement attribuée à Alde Manuce,—l'inventeur de la lettre italique, dite aussi et par suite aldine, qu'une légende affirme avoir été exactement copiée sur l'écriture de Pétrarque[192],—avait rencontré bon accueil à l'étranger. Ces volumes qu'on pouvait glisser dans la poche et emporter aisément, qui contenaient autant de matière que les in-4 et coûtaient moins cher, avaient trouvé de nombreux partisans. Alde Manuce reçut même du sénat de Venise une récompense pour avoir créé ou vulgarisé l'in-8: on lui octroya, en 1502, le privilège d'employer seul ce format pendant une période de dix années, ce qui n'empêcha pas les imitations et la concurrence de se produire[193].
Au XVIIe siècle, et en dépit du succès des elzeviers, les gros et grands volumes étaient encore les plus appréciés. «Leurs formats et leurs caractères (des elzeviers) étaient trop petits», remarque très justement M. Henri Bouchot[194].
Nous voyons au XVIIIe siècle le format in-4 employé de préférence par les imprimeurs de Hollande, même pour les recueils de poésies, que nous imprimons à présent, au contraire, en volumes de menues et coquettes dimensions, en in-18 ou in-24[195].
Mais l'in-8 ne tarda pas à triompher, et il n'est pas de bibliographe de la première moitié du XIXe siècle qui ne le prône et ne le recommande. L'érudit et consciencieux Gabriel Peignot insiste maintes fois notamment sur les mérites de l'in-8.
«Nous citons de préférence les éditions in-8, écrit-il dans son Manuel du bibliophile[196], parce que ce format, tenant le milieu entre les plus grands et les plus petits, nous paraît le plus décent, le plus convenable, le plus propre à former une bibliothèque qui présente un aspect régulier; d'ailleurs, l'in-8 est ordinairement imprimé en caractères assez forts pour ne point fatiguer les vues faibles.»
Et ailleurs[197]:
«Si un amateur ne voulait posséder qu'une collection choisie de 300 volumes, je lui conseillerais de tâcher de la former entièrement d'ouvrages de même format, et de prendre l'in-8[198].»