Voici des spécimens de ces diverses lettres majuscules et minuscules:
ALLONGÉE, allongée.
ALSACIENNE, alsacienne.
ANTIQUE, antique.
ANTIQUE ALLONGÉE.
ANTIQUE GRASSE.
CLASSIQUE, classique.
ÉGYPTIENNE, égyptienne.
ÉGYPTIENNE ITALIQUE, égypt. italique.
ITALIENNE, italienne.
LATINE.
NORMANDE, normande.
JENSONIENNES, jensoniennes.
BLANCHES.
LETTRES BLANCHES OMBRÉES
MAIGRETTES, maigrettes.
LETTRES BOUCLÉES MAIGRES.
Anglaise.
Ronde. Bâtarde. Gothique. Civilité.
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Toutes les lettres, signes, chiffres et séparations typographiques (espaces, cadrats, etc.) sont rangés dans une grande boîte sans couvercle, nommée casse, placée à hauteur d'appui et sur un plan légèrement incliné. La casse est partagée en deux grandes divisions, deux grands morceaux: bas de casse et haut de casse. Dans le bas de casse, qui est la partie la plus rapprochée de l'ouvrier compositeur, se trouvent, dans une quantité de petits compartiments ou cassetins[221], les types de lettres et de signes de l'usage le plus fréquent, les minuscules, par exemple, d'où leur nom typographique de bas de casse. Le haut de casse contient les lettres et signes employés moins souvent, comme les grandes majuscules ou grandes capitales, les petites majuscules ou petites capitales, les lettres supérieures (placées, dans les abréviations, à la droite supérieure de la lettre initiale, ordinairement majuscule: No, Mme; Mlles, etc.), les guillemets, parenthèses, etc.[222]
On appelle police d'un caractère «l'assortiment des différentes sortes dont il est composé: lettres, capitales, points, virgules, etc.» (Littré), ou, en d'autres termes, le rapport des lettres et signes typographiques entre eux dans la composition d'une langue. L'italien, par exemple, emploie bien plus d'a que de b; presque à chaque mot l'a reparaît dans cette langue: l'ouvrier typographe, le typo, chargé de composer l'italien, devra donc avoir devant lui, dans sa casse, bien plus d'a que de b. En français, cette proportion ou police est, pour 100 000 lettres, de:
| BAS DE CASSE | GRANDES CAPITALES | CHIFFRES | |||
|---|---|---|---|---|---|
| 5000 | a | 300 | A | 300 | 1 |
| 1000 | b | 150 | B | 200 | 2 |
| 2500 | c | 260 | C | 200 | 3 |
| 100 | ç | 25 | Ç | 200 | 4 |
| 3000 | d | 250 | D | 200 | 5 |
| 11000 | e | 450 | E | 200 | 6 |
| etc. | etc. | etc.[223] | |||
Disons enfin que l'encre d'imprimerie se compose de noir de fumée et d'huile de lin cuite, intimement mélangés par le broyage. On employait jadis l'huile de noix: elle est plus siccative et meilleure que l'huile de lin, mais coûte plus cher. Selon qu'elle est destinée aux journaux, aux labeurs,—c'est-à-dire aux ouvrages de longue haleine, comme l'impression d'un livre, «susceptibles d'occuper plusieurs ouvriers pendant un certain temps[224]», et «nécessitant l'emploi d'une certaine quantité de caractères de la même espèce[225]»,—ou encore aux tirages de vignettes, l'encre typographique subit diverses modifications de fabrication et est plus ou moins fine.
La première usine pour la fabrication industrielle de l'encre d'imprimerie a été fondée en 1818 par Lorilleux père; jusque-là, les imprimeurs avaient coutume de faire eux-mêmes leur encre[226], et il faut avouer qu'il semble en être des anciennes encres comme des anciens papiers: celles d'autrefois valaient généralement mieux que celles d'aujourd'hui. «L'encre des premières impressions du XVe siècle, écrit un bibliographe des plus experts en ces questions, Ambroise-Firmin Didot[227], nous offre toutes les qualités désirables: elles est noire, luisante, et quatre siècles écoulés ont prouvé qu'elle avait conservé jusqu'à ce jour ses qualités primitives.» Après un court intervalle de décadence, l'ancienne encre reprend sa supériorité: «celle que fabriquaient eux-mêmes les Alde, les Estienne, les Elzevier, les Plantin, les Ibarra, les Bodoni, et tous les imprimeurs jaloux de leur renommée typographique, a conservé jusqu'à nos jours, répète le même compétent érudit, toutes ses qualités primitives[228]».
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