Tous ces systèmes ont du bon pour une collection particulière: vous n'êtes pas et ne pouvez être astreint, dans votre bibliothèque, qui ne sert qu'à vous seul, au même ordre, à la même rigoureuse méthode, qui doit régir un établissement public. Le point capital pour vous, ou même le seul point à retenir, c'est que votre classement vous plaise et que vous le possédiez jusqu'au bout des doigts, de façon à aller quérir sans lumière ou les yeux fermés n'importe lequel de vos volumes, c'est qu'il vérifie et confirme l'excellente règle posée par un bibliophile anonyme:

«Un livre doit être placé dans une bibliothèque de manière à n'être jamais cherché, mais tout simplement pris[428]

CHAPITRE VIII
DES CATALOGUES ET DE LA CLASSIFICATION BIBLIOGRAPHIQUE

Différentes sortes de catalogues.—Catalogue alphabétique ou par noms d'auteurs.—Emploi des fiches.—Ex-libris.—Timbrage et rondage des volumes.—Détermination du mot d'ordre et classement des fiches: nombreux cas douteux et principales difficultés.

Catalogue méthodique ou systématique, c'est-à-dire par ordre de matières.—Classification de J.-Ch. Brunet.—Autres systèmes de classification bibliographique.—Classification décimale de M. Dewey.

«On ne jouit vraiment de ses livres qu'à la condition de les classer, de les garder et de les cataloguer,» a prétendu l'académicien Cuvillier-Fleury[429]. Et Jules Richard affirme de son côté que, dès qu'un «bibliophile amateur a commencé sa collection…, il lui faut tout de suite un catalogue; il le lui faut absolument; car il n'y a pas de vrai bibliophile ni de bibliothèque bien classée sans catalogue[430]».

Sans être aussi certain de la rigoureuse et inflexible nécessité de cette condition, du moins pour une modeste bibliothèque comme la nôtre, occupons-nous donc le plus succinctement possible, et si complexe, si rébarbative et ingrate que soit la matière, du catalogage des livres et de leur classification.

Les livres peuvent se classer et se cataloguer soit par noms d'auteurs: c'est le catalogue alphabétique ou onomastique;—soit d'après les titres des ouvrages, c'est-à-dire par ordre de matières: c'est le catalogue méthodique, nommé aussi systématique ou idéologique;—soit selon la place que les volumes occupent sur les rayons: c'est le catalogue topographique, appelé par les Allemands Lokal-Katalog[431]. On peut aussi les classer d'après leurs dates de publication ou d'impression, et l'on a le catalogue chronologique; ou d'après leurs lieux d'impression, ce qui donne le catalogue géographique: ces deux dernières sortes de catalogues sont presque exclusivement réservées aux incunables, et nous ne nous occuperons que des deux premières, du catalogue alphabétique et du catalogue méthodique.

Le catalogue alphabétique, écrit M. Albert Maire[432], «est le plus important des catalogues d'une bibliothèque, celui qui est consulté sous toutes ses formes et à tous les instants». Le catalogue méthodique ne lui cède guère en utilité et mérite, et rend aussi les plus grands services. Avez-vous à chercher le titre d'un livre dont vous connaissez le nom de l'auteur, vous le trouvez sans difficulté avec le catalogue alphabétique; mais si vous ne connaissez pas ce nom, ou encore si vous voulez vous rendre compte du nombre d'ouvrages publiés sur une matière, c'est au catalogue méthodique qu'il faut recourir. Tous deux sont donc, et à peu près au même degré, d'un usage essentiel dans les bibliothèques publiques et les grandes collections.

Un principe tout d'abord: ne vous servez pas de registres pour cataloguer vos volumes, mais de fiches ou cartes[433], faites en bon papier épais, de 8 ou 10 centimètres de large sur 12 ou 14 de haut, et que vous rangerez, par ordre alphabétique, dans une longue boîte en bois[434], ou, si vos livres, et par conséquent vos fiches, sont en petit nombre, simplement en fort carton. En tête de chaque lettre, il est bon de placer une fiche, dite vedette, plus haute que les autres et de couleur différente, portant à son sommet mention de cette lettre.