La principale serait que, dans la télépathie, c'est l'influence d'un esprit qui semble impressionner un autre esprit semblable à lui, tandis que, dans la clairvoyance, l'esprit du sujet prendrait, de loin, directement, connaissance de certains faits qu'aucun autre esprit ne reflèterait. Autrement dit, dans la lucidité, l'agent serait supprimé, le sujet existerait seul.

Et il doit arriver que l'on attribue à la télépathie des faits qui ne relèvent que de la lucidité, et, bien plus fréquemment, que l'on regarde comme dus à la lucidité des phénomènes produits par la télépathie.

En outre, dans bien des cas de prétendue clairvoyance, la suggestion involontaire de la part des assistants—qui connaissent, par exemple, les lieux que décrit le sujet, alors qu'il est censé ne les avoir jamais vus,—cette suggestion, mentale ou autre, intervient et détermine plus ou moins les réponses du «clairvoyant».

En réalité—l'on s'en convaincra, en lisant avec attention le travail de Mme Sidgwick sur la lucidité,—la démarcation entre ces divers phénomènes est très difficile à préciser.

Aussi, les cas de lucidité authentique sont-ils beaucoup plus rares que ceux de télépathie, et la certitude est-elle ici encore plus malaisée à acquérir.

Occupons-nous d'abord—comme de juste—des expériences.

Les plus sérieuses sont celles de M. Richet; on en trouvera le détail dans la «Relation de diverses expériences sur la transmission mentale, la lucidité et autres phénomènes non explicables par les données scientifiques actuelles

M. Richet enferme des dessins dans une enveloppe opaque, et il les fait ensuite décrire ou même reproduire par une somnambule. Dans certains cas, les personnes présentes n'avaient aucune notion des dessins. Sur 180 expériences de ce genre, 30 ont plus ou moins réussi. D'après M. Richet, «cela indique la moyenne des jours de lucidité soit pour Alice, soit pour Eugénie. Ce n'est qu'un jour sur six qu'elles ont des éclairs de lucidité, et encore, ce jour-là même, cette lucidité est des plus variables et des plus incertaines.»

On voit avec quelle réserve l'habile expérimentateur se prononce. Nous citerons pourtant, tout à l'heure, des expériences connexes de celles-ci et qui lui ont donné de bien singuliers résultats: il s'agit de la vision et de la description, par une somnambule, des états morbides d'une personne étrangère.

Mme Sidgwick a repris les expériences de M. Richet sur la clairvoyance, et elle est parvenue à démontrer, d'une façon presque certaine, la réalité de la lucidité. Comme ces expériences sont fort importantes, nous les citons tout au long, d'après Mme Sidgwick[84].