Et qui sait même si les méthodes scientifiques normales sont applicables à de pareilles recherches?
Comme se le demande M. le professeur Richet, si nous n'avançons pas davantage dans cette étude hérissée de tant d'obstacles, «qui sait si ce n'est pas la méthode d'investigation elle-même qui est à trouver[5]?»
Une des objections que l'on entend le plus fréquemment formuler contre la réalité des faits de Psychologie occulte, «c'est qu'il est impossible de les reproduire à volonté.» Nous avouons qu'elle nous a toujours paru un peu naïve. En effet, est-ce que la moindre expérience de physique ou de chimie n'exige pas, pour réussir, toute une série de conditions spéciales, à défaut desquelles elle échoue fatalement? Or, notre ignorance des conditions nécessaires et suffisantes pour la production des Phénomènes occultes est à peu près complète; nous ne savons qu'une chose: c'est qu'elles sont encore plus délicates, plus difficiles à réaliser intégralement que celles de n'importe quels autres phénomènes; un rien suffit à les contrarier. Dès lors, comment pourrions-nous, en Psychologie occulte, reproduire, à volonté et à coup sûr, telle ou telle expérience? Notre tâche est justement la recherche et la détermination exacte des conditions des Phénomènes, de l'atmosphère nécessaire à l'expérience, pour ainsi dire. Et pour l'instant, elle est suffisante.
Ceci dit, nous allons exposer d'abord un résumé de l'histoire du Merveilleux, histoire précieuse pour nous, surtout en ce qu'elle montre comment des faits, dont on faisait l'apanage du Surnaturel, sont parvenus, sous le nom d'Hypnotisme, à se faire admettre par la Science officielle, préparant ainsi la voie à d'autres....
«Est-ce à dire en effet, ainsi que l'écrit M. Charcot, que nous connaissions tout dans ce domaine du Surnaturel qui voit, tous les jours, ses frontières se rétrécir sous l'influence des acquisitions scientifiques? Certainement non. Il faut, tout en cherchant toujours, savoir attendre. Je suis le premier à reconnaître, avec Shakespeare, «qu'il y a plus de choses dans le Ciel et sur la Terre qu'il n'y a de rêves dans votre philosophie[6].»
Ensuite, nous examinerons séparément chaque classe de Phénomènes psychiques occultes, en ayant soin de choisir les observations les plus caractéristiques, les plus propres à fournir les éléments d'une opinion raisonnée.
Quant à ce qui est des théories explicatives, nous nous bornerons à exposer brièvement celles des autres. Pour nous, persuadé que les faits dont nous allons nous occuper ne peuvent encore comporter l'ombre d'une théorie qui ne soit prématurée, nous nous abstiendrons sagement de toute tentative de ce genre.
«Tâchons de constater des faits. Les théories viendront plus tard, et, hélas! elles ne feront pas défaut[7].»
Ne réussirions-nous, par ce système d'exactitude positive, à faire naître chez nos lecteurs, non pas la conviction—nous ne visons pas si haut,—mais seulement une sorte de doute, plutôt contraire à la négation a priori, une sorte d'état réceptif plutôt favorable à l'objet de nos études, que nous nous estimerions satisfait.
A cet égard, nous ne saurions mieux faire, en terminant ces quelques lignes d'avant-propos, que de citer les paroles suivantes de M. de Rochas: