»Dans une autre partie de la chambre, un appareil était disposé pour expérimenter l'altération du poids d'un corps. Il consistait en une planche d'acajou de trente-six pouces de long, sur neuf et demi de large, et un d'épaisseur. A chaque bout, une bande d'acajou, d'un pouce et demi de large, était vissée et formait pied. L'un des bouts de la planche reposait sur une table solide, tandis que l'autre était supporté par une balance à ressort, suspendue à un fort trépied. La balance était munie d'un index enregistreur, auto-moteur, de manière à indiquer le maximum du poids marqué par l'aiguille. L'appareil était ajusté de telle sorte que la planche d'acajou était horizontale, son pied reposant à plat sur le support. Dans cette position, son poids était de trois livres; elles étaient indiquées par l'index de la balance.

»Avant que M. Home pénétrât dans la chambre, l'appareil avait été mis en place, et, avant de s'asseoir, on ne lui avait même pas expliqué la destination de quelques-unes de ses parties. Il sera peut-être utile d'ajouter, dans le but de prévenir quelques remarques critiques qu'on pourrait peut-être faire, que, l'après-midi, j'étais allé chez M. Home, dans son appartement, et que, là, il me dit que, comme il avait à changer de vêtements, je ne ferais sans doute pas de difficulté à continuer notre conversation dans sa chambre à coucher. Je suis donc en mesure d'affirmer d'une manière positive que ni machine, ni artifice d'aucune sorte, ne fut en secret mis sur sa personne.

»Les investigateurs présents, à l'occasion de cette expérience, étaient un éminent physicien, haut placé dans les rangs de la Société Royale, que j'appellerai A B; un docteur en droit bien connu, que j'appellerai C D; mon frère et mon aide de chimie.

»M. Home s'assit à côté de la table, sur une chaise longue. En face de lui, sous la table, se trouvait la cage sus-mentionnée, et une de ses jambes se trouvait de chaque côté. Je m'assis près de lui, à sa gauche, un autre observateur fut placé près de lui à sa droite; le reste des assistants s'assit autour de la table, à la distance qui lui convint.

»Pendant la plus grande partie de la soirée, et particulièrement lorsque quelque chose d'important avait lieu, les observateurs, qui étaient de chaque côté de M. Home, tenaient respectivement leurs pieds sur les siens, de manière à pouvoir découvrir le plus léger mouvement.

»La température de la chambre variait de 68° à 70° Farenheit. M. Home prit l'accordéon entre le pouce et le doigt du milieu d'une de ses mains, et par le bout opposé aux clefs. (Pour éviter les répétitions, cette manière de le prendre sera appelée, à l'avenir, «de la manière ordinaire».)

»Après avoir préalablement ouvert moi-même la clef de basse, la cage fut tirée de dessous la table, juste assez pour permettre d'y introduire l'accordéon avec ses clefs tournées en bas. Elle fut ensuite repoussée dessous, autant que le bras de M. Home pût le permettre, mais sans cacher sa main à ceux qui étaient près de lui. Bientôt ceux qui étaient de chaque côté virent l'accordéon se balancer d'une manière curieuse, puis des sons en sortirent, et enfin, plusieurs notes furent jouées successivement.

»Pendant que ceci se passait, mon aide se glissa sous la table et nous dit que l'accordéon s'allongeait et se fermait; on constatait en même temps que la main de M. Home, qui tenait l'accordéon, était tout à fait immobile, et que l'autre reposait sur la table.

»Puis, ceux qui étaient de chaque côté de M. Home virent l'accordéon se mouvoir, osciller et tourner tout autour de la cage, et jouer en même temps. Le docteur A B regarda alors sous la table et dit que la main de M. Home semblait complètement immobile, pendant que l'accordéon se mouvait et faisait entendre des sons distincts.

»M. Home tint encore l'accordéon dans la cage, de la manière ordinaire. Ses pieds tenus par ceux qui étaient près de lui, son autre main reposant sur la table, nous entendîmes des notes distinctes et séparées résonner successivement, et ensuite un air simple fut joué. Comme un tel résultat ne pouvait s'être produit que par les différentes clefs de l'instrument, mises en action d'une manière harmonieuse, tous ceux qui étaient présents le considérèrent comme une expérience décisive. Mais ce qui suivit fut encore plus frappant: M. Home éloigna entièrement sa main de l'accordéon, la sortit tout à fait de la cage et la mit dans la main de la personne qui se trouvait près de lui. Alors l'instrument continua à jouer, personne ne le touchant et aucune main n'étant près de lui.