Nombre de fois, moi-même et d'autres personnes avons vu une main pressant les touches d'un accordéon, pendant qu'au même moment, nous voyions les deux mains du médium qui, quelquefois, étaient tenues par ceux qui étaient près de lui.

Les mains et les doigts ne m'ont pas toujours paru être solides et comme vivants. Quelquefois, il faut le dire, ils offraient plutôt l'apparence d'un nuage, condensé en partie sous forme de main... J'ai vu, plus d'une fois, d'abord un objet (fleur, livre, etc.) se mouvoir, puis un nuage lumineux qui semblait se former autour de lui, et enfin le nuage se condenser, prendre une forme et se changer en une main parfaitement faite... Quelquefois, la chair semble être aussi humaine que celle de toutes les personnes présentes. Au poignet ou au bras, elle devient vaporeuse et se perd dans un nuage lumineux: au toucher, ces mains paraissent quelquefois froides comme de la glace et mortes; d'autres fois, elles m'ont semblé chaudes et vivantes, et ont serré la mienne avec la ferme étreinte d'un vieil ami. J'ai retenu une de ces mains dans la mienne, bien résolu à ne pas la laisser échapper. Aucune tentative ni aucun effort ne furent faits pour me faire lâcher prise, mais peu à peu cette main sembla se résoudre en vapeur, et ce fut ainsi qu'elle se dégagea de mon étreinte[131].

Mais ces merveilles devaient être encore dépassées par les résultats que M. Croockes obtint, en 1874, avec un nouveau médium. Celui-ci était une jeune fille anglaise de 15 ans et d'une santé chétive, Mlle Florence Coock. Les expériences avaient lieu le plus souvent dans le laboratoire même de M. Croockes, et c'est là que furent faites les fameuses photographies des apparitions.

L'être qui se manifestait, par l'intermédiaire du médium, était une jeune femme qui avait bien voulu révéler son nom: Katie King, et qui prétendait avoir, pendant une existence antérieure, vécu dans l'Inde. On savait, d'après ses propres paroles, qu'elle «n'avait le pouvoir de rester auprès de son médium que pendant trois ans et qu'après ce temps, elle lui ferait ses adieux, pour toujours[132]».

A chaque instant, en racontant de pareilles histoires, et bien que l'on soit convaincu, plus que quiconque, de «l'infini des Possibilités de l'Univers», on est obligé de se rappeler que celui qui les atteste est l'homme qui a découvert le thallium et la matière radiante; devant un tel passé scientifique, la raison, même récalcitrante, est obligée de s'incliner, et l'on continue.....

Voici, sous forme de lettre, le récit que fait M. Croockes de ses expériences avec Mlle Coock et Katie King:

Dans une lettre que j'ai écrite à ce journal, au commencement de février dernier, je parlais des phénomènes de formes d'esprits qui s'étaient manifestées par la médiumnité de Mlle Coock, et je disais: «Que ceux qui inclinent à juger durement Mlle Coock suspendent leur jugement jusqu'à ce que j'apporte une preuve certaine qui, je le crois, sera suffisante pour résoudre la question.»

En ce moment, Mlle Coock se consacre exclusivement à une série de séances privées auxquelles n'assistent qu'un ou deux de mes amis et moi. J'en ai vu assez pour me convaincre pleinement de la sincérité et de l'honnêteté parfaites de Mlle Coock, et pour me donner tout lieu de croire que les promesses que Katie King m'a faites si librement seront tenues.

Dans cette lettre, je décrivais un incident qui, selon moi, était très propre à me convaincre que Katie et Mlle Coock étaient deux êtres matériels distincts. Lorsque Katie était hors du cabinet debout devant moi, j'entendis un son plaintif venant de Mlle Coock qui était dans le cabinet. Je suis heureux de dire que j'ai enfin obtenu «la preuve absolue» dont je parlais dans la lettre ci-dessus mentionnée.

Pour le moment, je ne parlerai pas de la plupart des preuves que Katie m'a données, dans les nombreuses occasions où Mlle Coock m'a favorisé de séances chez moi, et je n'en décrirai qu'une ou deux qui ont eu lieu tout récemment. Depuis quelque temps, j'expérimentais avec une lampe à phosphore, consistant en une bouteille de 6 à 8 onces, qui contenait un peu d'huile phosphorée et qui était solidement bouchée. J'avais des raisons pour espérer qu'à la lumière de cette lampe, quelques-uns des phénomènes du cabinet pourraient se rendre visibles, et Katie espérait, elle aussi, obtenir le même résultat.