Avant de terminer cet article, je désire faire connaître quelques-unes des différences que j'ai observées entre Mlle Coock et Katie. La taille de Katie est variable: chez moi, je l'ai vue plus grande de six pouces que Mlle Coock. Hier soir, Katie avait le cou découvert, la peau était parfaitement douce au toucher et à la vue, tandis que Mlle Coock a au cou une cicatrice qui, dans des circonstances semblables, se voit distinctement et est rude au toucher. Les oreilles de Katie ne sont pas percées, tandis que Mlle Coock porte ordinairement des boucles d'oreilles. Le teint de Katie est très blanc, tandis que celui de Mlle Coock est très brun. Les doigts de Katie sont beaucoup plus longs que ceux de Mlle Coock, et son visage est aussi plus grand. Dans les façons et manières de s'exprimer, il y a aussi bien des différences marquées.

La santé de Mlle Coock n'est pas assez bonne pour lui permettre de donner, avant quelques semaines, d'autres séances expérimentales comme celles-ci et nous l'avons, en conséquence, fortement engagée à prendre un repos complet, avant de recommencer la campagne d'expériences dont, à cause d'elle, j'ai donné un aperçu, et dans un temps prochain, j'espère que je pourrai en faire connaître les résultats.

On a vu que, dans toutes ses expériences sur les Phénomènes spirites, M. Croockes, éprouvant pour les témoignages de ses sens, si exercés fussent-ils, la méfiance du vrai savant, leur substituait autant que possible d'inhallucinables instruments enregistreurs.

Donc, après avoir, dans la mesure de ses facultés sensorielles, constaté, vérifié, affirmé l'existence d'une créature en chair et en os, différant du médium, il voulut qu'un appareil de photographie, avec son impartialité mécanique, appuyât son témoignage, et c'est ainsi que furent faites ces fameuses photographies spirites, qui ont suscité de si passionnés débats, dans lesquels nous ne saurions intervenir.

Aussi, tout en reconnaissant que ces photographies ont été prises dans de sérieuses conditions de contrôle (nombre et habileté des observateurs, rendant bien difficile la possibilité d'une hallucination de leur part ou l'introduction subreptice d'une seconde personne dans le laboratoire de M. Croockes, durée des expériences, etc.), sans discuter davantage, nous allons laisser M. Croockes raconter lui-même comment, avant qu'elle ne disparût pour jamais, il put prendre plusieurs images de la belle Katie King:

Ayant pris une part active aux dernières séances de Mlle Coock et ayant très bien réussi à prendre de nombreuses photographies de Katie King, à l'aide de la lumière électrique, j'ai pensé que la publication de quelques détails serait intéressante pour les spiritualistes.

Durant la semaine qui a précédé le départ de Katie, elle a donné des séances chez moi, presque tous les soirs, afin de me permettre de la photographier à la lumière artificielle. Cinq appareils complets de photographie furent donc préparés à cet effet. Ils consistaient en cinq chambres noires, une de la grandeur de plaque entière, une de demi-plaque, une de quart, et de deux chambres stéréoscopiques binoculaires, qui devaient toutes être dirigées sur Katie en même temps, chaque fois qu'elle poserait pour obtenir son portrait. Cinq bains sensibilisateurs et fixateurs furent employés et nombre de glaces furent nettoyées à l'avance, prêtes à servir, afin qu'il n'y eût ni hésitation, ni retard pendant les opérations photographiques, que j'exécutai moi-même, assisté d'un aide.

Ma bibliothèque servit de cabinet noir: elle avait une porte à deux battants qui s'ouvrait sur le laboratoire; un de ces battants fut enlevé de ses gonds et un rideau fut suspendu à sa place, pour permettre à Katie d'entrer et de sortir facilement. Ceux de nos amis qui étaient présents étaient assis dans le laboratoire, en face du rideau, et les chambres noires étaient placées un peu derrière eux, prêtes à photographier Katie quand elle sortirait, et à prendre également l'intérieur du cabinet, chaque fois que le rideau serait soulevé dans ce but. Chaque soir, il y avait trois ou quatre expositions de glaces dans les cinq chambres noires, ce qui donnait au moins quinze épreuves par séance. Quelques-unes se gâtèrent au développement, d'autres en réglant la lumière. Malgré tout, j'ai quarante-quatre négatifs, quelques-uns médiocres, quelques-uns ni bons ni mauvais, et d'autres excellents.

Katie donna pour instruction à tous les assistants de rester assis et d'observer cette condition; seul, je ne fus pas compris dans cette mesure, car, depuis quelque temps, elle m'avait donné la permission de faire ce que je voudrais, de la toucher, d'entrer dans le cabinet et d'en sortir, presque chaque fois qu'il me plaisait. Je l'ai souvent suivie dans le cabinet et l'ai vue quelquefois, elle et son médium, en même temps; mais, le plus généralement, je ne trouvais que le médium en léthargie et reposant sur le parquet; Katie et son costume blanc avaient instantanément disparu.

Durant ces dix derniers mois, Mlle Coock a fait chez moi de nombreuses visites et y est demeurée quelquefois une semaine entière. Elle n'apportait avec elle qu'un petit sac de nuit, ne fermant pas à clef; pendant le jour, elle était constamment en compagnie de Mme Croockes, de moi-même ou de quelque autre membre de ma famille, et ne dormant pas seule; il y a eu manque absolu d'occasions de rien préparer, même d'un caractère moins achevé, qui fût apte à jouer le rôle de Katie King. J'ai préparé et disposé moi-même ma bibliothèque ainsi que le cabinet noir, et d'habitude, après que Mlle Coock avait dîné et causé avec nous, elle se dirigeait droit au cabinet et, à sa demande, je fermais à clef la seconde porte, gardant la clef sur moi pendant toute la séance; alors on abaissait le gaz et on laissait Mlle Coock dans l'obscurité.