—Pauvre Jean!

—Je suis seul au monde. De notre belle et radieuse famille, il n'y a plus que moi de vivant. Louis, Marianne, Philippe sont morts…

—Oui, j'ai su le drame terrible dont tes frères et ta sœur ont été les héros. Tu n'as plus revu Philippe?

—Non, et je ne le reverrai jamais!

Un nouveau silence suivit ces paroles.

—Tu es mon meilleur ami, de Puiseux, reprit Kardigân avec force. A toi je peux tout dire. Dans les derniers temps de sa vie, et avant notre voyage à Cherbourg, j'ai juré à mon père de ne jamais écrire à Philippe. Lui mort, j'ai ouvert son testament: il me défendait de le revoir… Si je désobéissais, j'étais maudit par lui. Comprends-tu l'effrayante menace de cette malédiction posthume! Ce mort qui se relèverait pour m'atteindre!…

Il se tut un moment.

—Mon père avait fait de sa fortune deux parties égales. Chacun de nous hérita de cent mille livres de rente environ. Et ce qu'il y a de plus affreux, c'est que ce frère, que je ne puis revoir, dont je suis pour toujours séparé, ce frère, malgré sa trahison, malgré sa jalousie, je l'aime!

—Ah! tu es bien malheureux!

—Malheureux? Nul autre que toi ne saura jamais combien je souffre!