M. Saincaize faisait de vains efforts pour garder son calme.

Il s'agitait avec angoisse sur sa chaise, et, de temps à autre, en écoutant les paroles de Jean, il jetait un regard effaré sur la porte, comme s'il devait voir apparaître le tricorne galonné d'un gendarme.

—Pardon… pardon… monsieur, dit-il. Peste! comme vous y allez! La guerre civile! rien que cela, et du premier coup! On donne aux gens le temps de réfléchir et on ne leur met pas ainsi le couteau sous la gorge! Un soulèvement en Vendée, un soulèvement dans le Midi! Mais ce serait effroyable!

—Pourquoi, monsieur, ce serait-il effroyable?

—Nous ruinons le commerce, nous arrêtons le mouvement des affaires!

—Lesquelles? demanda Jean froidement.

—Comment, lesquelles?

—Oui, celles du peuple français, ou bien les vôtres?

—Monsieur le marquis!…

—Pourquoi venez-vous parler intérêt, quand nous parlons destinée d'une nation et d'un roi? Ceux qui ont fait le 10 août, le 2l janvier, le 9 thermidor, le 12 germinal et le 18 brumaire, pensaient-ils au mouvement des affaires? Ceux qui ont fait les journées de juillet y songeaient-ils davantage?